
L’album Arbres légendaires de Chris Lavaquerie-Klein et Laurence Paix-Rusterholtz illustré par Orane Sigal, publié aux éditions Nathan en octobre 2025, aborde à hauteur d’enfant un élément clé de la nature et de l’histoire de l’humanité : les arbres. Présents dans notre imaginaire collectif, ils sont les témoins des grands événements. Un livre à offrir sans modération !
Arbres légendaires fait subtilement écho à l’actualité, à l’instar des ouvrages précédents des deux autrices Les Merveilles du Monde expliquées aux enfants et Les grandes civilisations expliquées aux enfants, dont les propos favorisaient la compréhension, la préservation, la transmission du meilleur de notre humanité commune et l’ouverture aux autres. Paru le 25 octobre 2025, moins d’un mois avant la tenue de la COP30 au Brésil et du report par le Parlement européen de la loi contre la déforestation, ce livre est plus que bienvenu dans le paysage éditorial des ouvrages pour la jeunesse. A l’heure où l’on s’interroge sur les conséquences de la canicule et de la sécheresse pour les arbres, les enfants peuvent contribuer à la lutte pour la préservation de l’environnement, mais aussi être victimes de sa dégradation. Être contributeurs, grâce à une éducation environnementale que l’Unesco préconise comme devant être une composante essentielle des programmes scolaires afin d’apprendre à devenir des citoyen.nes responsables et engagé.e.s. Être victimes, car il existe un lien entre la déforestation et la dégradation des conditions de santé des plus jeunes. Par exemple, leur exposition à la fumée des multiples feux de forêt en Amazonie est cause de problèmes respiratoires.
Cet album permet de comprendre que les arbres ne sont pas que des éléments de la nature et des paysages mais détiennent une place essentielle dans les mythologies, croyances et traditions, quelles que soient les cultures et les époques. En effet, les récits nous emmènent en Océanie, en Asie, en Afrique, en Europe, en Amérique, et ce, des mythes fondateurs aux combats contemporains. Car les arbres restent au centre de nos réflexions.
Le mythologue et historien des religions, Mircea Eliade affirmait que « jamais un arbre n’a été adoré rien que pour lui-même, mais toujours pour ce qui, à travers lui, se révélait ». Cet album illustre parfaitement cette pensée. Les arbres sont acteurs et témoins dans les mythes, l’histoire et la politique.
L’arbre bienfaiteur et nourricier chez les peuples autochtones

Dans le récit Ruata’ata et l’arbre à pain, le père se métamorphose en arbre pour éviter que sa famille ne souffre de la famine. Il se fait nourricier alors que la terre ne l’est plus.
Dans L’arbre sacré des Pehuenches, menacés par la famine, les Mapuche éprouvent un tel respect pour les araucarias (Pehuén) qu’ils ne mangent pas leurs fruits, suscitant l’incompréhension et la colère de Nguenechen. Le dieu les sauve de la faim, en leur disant de consommer les pignons des araucarias, et leur intime d’être toujours reconnaissant envers la forêt. Le lien entre l’homme et cet arbre est tel que ce peuple Mapuche a pris pour nom Pehuenches.


Dans Le secret gourmand de l’érable à sucre, Mishta-Shipu, « Grande rivière » chez les Attimakmek du Québec, va récupérer le tomahawk qu’il a laissé dans un arbre après avoir coupé du bois. Un liquide s’écoule de l’entaille laissée par la hache. Cette sève est sucrée. Le sirop d’érable est né.
Ces trois récits concernent les peuples autochtones. Ils évoquent leur respect et leur symbiose avec la nature. En effet, si les populations autochtones ne constituent que 5 % de la population mondiale, elles protègent 80 % de la biodiversité mondiale, et les forêts tropicales les mieux sauvegardées se situent dans des aires autochtones protégées.
Des arbres, témoins et au cœur des luttes

Dans l’histoire Robin des Bois et le chêne, le héros, indigné par l’injustice, notamment la lourdeur des impôts, et poursuivi comme hors-la-loi, se réfugie dans la forêt de Sherwood où le chêne Major Oak est témoin de sa lutte et de celle de ses compagnons : dépouiller les riches pour donner aux pauvres. Déjà soucieux de l’équité fiscale…
La véritable histoire de Julia « Butterfly » Hill nous conte la bataille d’une militante écologiste américaine de 23 ans voulant empêcher une grande entreprise forestière de couper un séquoia de Californie« Luna » âgé d’environ 1 000 ans. Pendant plus de deux ans, elle a vécu sur une plate-forme construite entre les branches du séquoia, affrontant les intempéries, la solitude et les difficultés liées à une vie suspendue entre ciel et terre. Elle a gagné ce combat de David contre Goliath. Cette victoire a marqué un tournant crucial pour le mouvement écologiste. Le sequoia est vénéré par les peuples autochtones du nord de la Californie jusqu’au sud de l’Oregon.


Dans l’arbre de la liberté, après les arbres de mai sans racine, les révolutionnaires vont recourir à la plantation d’arbres aptes à traverser les époques. Dans cette histoire, il s’agit du tilleul auquel est accrochée une pancarte « Vive la Liberté » commémorant la Révolution en ce mois de juillet 1792.
Les arbres s’insèrent dans une histoire entre nature, culture et politique.
Les arbres et les animaux doués de réflexion

Dans Le trésor du baobab, le lièvre apprécie l’ombre du baobab mais il a plein de préjugés envers les fruits et le tronc de cet arbre qu’il ne connaît pas. Il révise son jugement lorsque le baobab entrouvre son énorme tronc rempli de richesses et lui en offre une partie. Le lièvre raconte son histoire à la hyène envers qui l’arbre se montre aussi aimable. Mais la hyène se révèle cupide, déclenchant la colère du baobab qui décide de n’accorder ses bienfaits qu’à celles et ceux qui le respectent.
Sous le palétuvier rouge : une palourde vit dans la mangrove dans les racines d’un palétuvier rouge. Elle s’ennuie et souhaite découvrir d’autres mers. Aucun des arguments du palétuvier ne la convainc de rester. L’insatisfaction de son sort la rend victime de sa naïveté et la conduit à la mort. La sarde serait-elle le symbole des passeurs ? Morale de la fable : rien n’équivaut à la douceur de vivre parmi les siens.


La fauvette et le sapin : grâce à la bonté dont le sapin a fait preuve envers la fauvette qui, s’étant brisée une aile, n’a pas pu migrer et a dû affronter le froid, le grand esprit de la forêt lui offre le privilège de garder ses aiguilles vertes toute l’année. Le mélèze, qui a refusé l’aide que l’oiseau lui demandait, est le seul conifère à voir tomber ses aiguilles. Le grand esprit de la forêt a donné au sapin l’immortalité, alors que le mélèze subit les affres de l’hiver assimilés à la mort.
Un fromager magique : lors d’une période de sécheresse, la nourriture vient à manquer. L’araignée Kacou Ananzè parvient à pêcher un silure. Pour éviter d’être mangé, le poisson-chat lui propose un marché. Tous les souhaits de Kacou Ananzè se réaliseront. Il lui suffit de se jeter de la douzième branche d’un fromager pour se retrouver dans une ville magnifique où il pourra manger à satiété, à condition de ne pas braver l’interdit de la reine : « Tu peux tout faire ici sauf te regarder dans un miroir ». Ce qu’il fait, brisant ainsi la magie du fromager et se cassant tous les membres.


La fille qui ne pleurait jamais : un village, où vit une jeune fille qui ne pleure jamais, est victime de catastrophes naturelle (inondation) et guerrière. Malgré le désespoir qu’elle éprouve, elle ne pleure pas. Ce qui fait dire aux habitants qu’elle est responsable de tous leurs malheurs. Écoutés par une sorcière, cette dernière en conclut que seules les larmes de la fille du maire peuvent éloigner la malédiction, à condition de se métamorphoser. La jeune fille accepte et se transforme en saule pleureur à qui tout le monde confie son histoire. Bref, le récit d’une femme accusée de tous les maux, qui se sacrifie pour échapper à sa solitude et faire revenir ainsi la paix et la sérénité.
Où le conte côtoie la fable, où les animaux et les arbres sont doués de paroles, de pensées et de sentiments humains. Ils expriment leur insatisfaction, leur frustration, désobéissent, exigent du respect, sont récompensés de leur générosité et possèdent une qualité d’écoute.
L’arbre, moyen d’accéder à la connaissance

Dans Le Banian du dieu suprême, Krishna utilise comme modèle l’arbre sacré de Vishnou pour transmettre ses préceptes au jeune Arjuna. Il lui explique comment faire des choix parmi les feuilles et les racines envahissantes de son banian intérieur, et éviter ainsi de s’y perdre.
Le bouleau et le chamane : Dachi va devenir chamane. Initié par Nganasane, le rituel est impossible sans les bouleaux. En effet, les Bouriates voient les âmes de leurs ancêtres dans ces arbres. Les esprits portent à la connaissance de Dachi, monté au sommet d’un bouleau marqué de neuf entailles, comment aider les humains et, une fois désigné chamane, comment réparer les désordres du monde.

L’arbre tient un rôle fondamental dans les initiations et correspond avec les divinités célestes ou souterraines.
Les arbres, entre folie et rivalité des dieux et des hommes

Dahari et le durian de Bornéo : une divinité maléfique, jalouse de l’abondance qui règne sur l’île de Bornéo, fait périr tous les arbres fruitiers. Dahari, un jeune homme, a vu en rêve un arbre majestueux aux fruits énormes couverts d’épines. Des voix lui commandent d’aller le chercher seul. Malgré sa frayeur, il brave le danger et s’aventure dans la jungle. Protégé des dangers par les esprits, il voit un arbre immense lourd de ses fruits qu’il réussit à rapporter. Son courage a sauvé sa communauté.
L’esprit du ginkgo : pris dans une tempête le jeune bûcheron Akimitsu aperçoit une cabane dans laquelle Mei (bourgeon), une belle jeune fille vit seule avec son père Akimitsu. Elle lui raconte son amour de la forêt, et particulièrement du ginkgo. Ils se marient. Mais à l’occasion d’un concours organisé par un seigneur, qui promet la richesse à celui qui fabriquera le plus beau jeu de go, il coupe l’arbre qui lui procurera le bois le plus précieux, le ginkgo, faisant disparaître son épouse Mei, qui n’est autre que l’esprit du ginkgo, malgré les avertissements de celle-ci. Mais la convoitise d’Akimitsu l’a rendu sourd aux questionnements de sa femme.


Le kauri créateur : avant même la naissance de l’univers, Ranginui, le père ciel, et Papatunuku, la mère ciel, s’aiment tellement qu’ils vivent toujours enlacés, un couple fusionnel ne portant aucune attention à ses enfants. L’un d’entre eux, Tane Mahuta le dieu des forêts, réussit à séparer ses parents. Cette séparation lui donne, ainsi qu’à ses frères, la liberté d’apprendre et de créer. L’âme de Tane Mahuta a établi sa demeure dans un kauri. Après avoir fait poussé une immense forêt, il créa le peuple maori. Le récit de ce mythe fondateur interroge sur la parentalité.
Quetzacoatl et l’arbre du Paradis : Quetzacoatl, l’un des dieux suprêmes, révèle aux humains la recette du chocolat, boisson réservée aux seuls dieux. Il déclenche la colère de son frère jumeau, Tezcatlipoca dieu de la nuit et des sorciers, qui va profiter de cet événement pour s’emparer du pouvoir. Il fait boire à Quetzacoatl une liqueur qui va le rendre fou furieux et plonger son peuple dans le désespoir. Honteux, Quetzacoatl s’enfuit en promettant de revenir l’année du roseau, mais à sa place, ce furent les envahisseurs espagnols qui pillèrent les fèves du cacao conservées pour le retour du dieu.


Le cèdre d’osiris : Seth, qui règne sur les déserts, décide par jalousie d’éliminer son frère Osiris qui règne sur les terres fertiles du Nil. Il l’enferme dans un coffre et le jette dans le fleuve. Isis, l’épouse d’Osiris chassée du palais, se met à la recherche de son mari. Une nuit, elle entend le dieu Thot lui murmurer « Tu trouveras Osiris dans le palais de la cité de Byblos au Liban ». Se faisant passer pour une servante, elle réussit à entrer dans la salle du trône où elle découvre le coffre autour duquel s’est développé un magnifique cèdre installé en majesté dans la salle du trône. La reine de Byblos accepte de creuser le tronc pour qu’Isis puisse ramener le cercueil de son défunt époux.
Yggdrasil, l’arbre du monde : dans l’ancien monde scandinave, Yggdrasil, un frêne géant, abrite neuf mondes. Odin, le dieu des dieux a accepté de perdre un œil pour avoir le droit de s’abreuver à la source magique jaillissant du tronc, dont l’eau recèle sagesse et intelligence. Mais, avide de puissance, il souhaite à présent acquérir les runes, formules magiques donnant le pouvoir de guérison, rendant impuissantes les armes ennemies et par lesquelles on communique avec les morts et on commande aux éléments. Il reste suspendu à une branche d’Yggdrasil durant neuf jours, la tête en bas, tendu vers les runes gravées sur des planchettes de frêne posées au sol. Odin réussit à faire monter les runes jusqu’à lui. Les forces surnaturelles des écritures ont régénéré son corps et son âme.


L’olivier de la déesse : Athéna, déesse de la guerre et de la sagesse, et Poséidon, le dieu de la mer et des tempêtes, se disputent le droit de protéger la cité Cécropia. Las, Zeus organise un concours pour les départager. Chacun devra offrir un cadeau à la cité. Poséidon offre un cheval, Athéna, un olivier, symbole de paix et de richesse grâce à ses olives nourricières. Cécropia devient Athènes.
Les arbres sont témoins de la folie et des hommes et des dieux. Ils sont étroitement mêlés aux désordres du monde, victimes des politiques, en but aux luttes fratricides, à la jalousie, aux rivalités, confrontés à la soif de pouvoir, à l’arrivée des colonisateurs et à la fascination pour la richesse. Notons que seules les femmes jouent un rôle bénéfique…
Cet album est une belle façon de sensibiliser un jeune public à la question fondamentale de l’environnement et de sa préservation. Il représente un formidable outil d’apprentissage, aussi bien pour les enseignants que pour les parents. En effet, les récits sont accompagnés d’explications et les illustrations de légendes.
Une manière ludique d’aborder un sujet sérieux, à l’inverse de l’écologie punitive !
Les articles déjà parus sur le blog humanitelles au sujet des deux autrices et de leurs ouvrages :
Les Merveilles du Monde expliquées aux enfants par Chris Lavaquerie-Klein et Laurence Paix-Rusterholtz
Les grandes civilisations expliquées aux enfants
Créatures fantastiques du Japon – entre mythologie japonaise et culture pop
LA PREHISTOIRE expliquée aux enfants par Laurence Paix-Rusterholtz et Chris Lavaquerie-Klein
Où l’on s’aperçoit que les femmes ne sont jamais très loin Des objets dans l’Histoire
Chris Lavaquerie-Klein, Laurence Paix-Rusterholtz, un duo d’autrices en ébullition
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