
Partons à Thomery, découvrir la maison-atelier de Rosa Bonheur, célèbre peintre animalière du 19ème siècle. Bouleversant les codes du monde de l’art et le rôle assigné aux femmes de l’époque, Rosa Bonheur y vécut pendant 40 ans, accompagnée de Nathalie Micas, puis d’Anna Klumpke.
Photos ©humanitelles et ©mon amie Sylvie Lalanne
L’acquisition du château de By par Rosa Bonheur
En 1859, la peintre animalière Rosa Bonheur acquiert le château de By « Domaine de la parfaite amitié » à Thomery, à la lisière de la forêt de Fontainebleau. Elle s’y établit avec la peintre Nathalie Micas, son amie depuis ses 14 ans, et la mère de celle-ci. Nathalie Micas inventa un système de frein pour locomotive que personne ne prit au sérieux parce conçu par une femme.
Rosa Bonheur est alors la première femme à acheter, à son nom, un bien immobilier grâce au seul fruit de son travail ». En effet, c’est grâce à la vente du tableau « Le marché aux chevaux« peint en 1855, « exposé dans une tournée triomphale en Europe avant d’être vendu pour un prix astronomique aux États-Unis » écrit Sophie Cachon, qu’elle peut s’offrir cette propriété.

Déjà célèbre grâce au Labourage nivernais, Rosa Bonheur connaît un véritable triomphe au Salon de 1853 avec Le Marché aux chevaux. Elle entend s’imposer comme une créatrice hors normes, en s’attaquant à un genre traditionnellement réservé aux hommes et en donnant à ce thème animalier le format des plus nobles peintures d’histoire. L’artiste choisit un sujet contemporain. Elle peint avec vérité la puissance des chevaux Percherons et la violence des hommes, tout en invoquant l’héritage des frises du Parthénon et en se mesurant aux maîtres de l’époque romantique, tel Théodore Géricault. Pour préparer ce tableau immense, elle multiplie les dessins préparatoires.
Source : Exposition Rosa Bonheur (1822-1899) au musée d’Orsay du 18 octobre 2022 au 15 janvier 2023

Étude pour le Marché au chevaux, Château de Rosa Bonheur
C’est son ami le comte d’Armaillé qui lui parle de cette opportunité. Ses beaux-parents possèdent le château de la Rivière à Thomery, une ville cossue et bien desservie grâce à une gare érigée en 1857 assurant une liaison régulière avec Paris. Cet avantage permet à Rosa Bonheur de conserver « un pied-à-terre proche de l’école de dessin de la rue Dupuytren dont elle était la directrice (d’abord au n°24 de la vieille rue Hautefeuille, puis au n°7 de la rue Gay-Lussac) ». Elle achète le château pour 50 000 francs le 9 août 1859 à Louis Jules Michel Fabre.
Elle déménage donc de son atelier parisien rue d’Assas, pour emménager le 12 juin 1860 dans le château de By, rénové par Jules Saulnier, architecte industriel français auteur du « moulin Saulnier » à Noisiel. Une manière pour elle d’esquiver la vie mondaine à laquelle l’astreint sa célébrité. Rosa Bonheur est fatiguée qu’on la sollicite continuellement « pour lui soutirer des autographes« . A 37 ans, elle est au sommet de sa gloire. Néanmoins, elle ne va pas se couper du monde car elle continuera d’accueillir dans sa demeure de By de nombreux amis, écrivains et musiciens.
La peintre animalière
La rénovation de la demeure s’accompagne de la construction d’un atelier spacieux dans lequel « Rosa Bonheur travaillera inlassablement, avec l’aide de Nathalie Micas qui prépare les toiles, reporte les calques. Elle produira de nombreuses études sur le motif qui constituent un répertoire d’une richesse inouïe dans lequel elle puisera jusqu’à la fin de sa vie. Elle utilisera également la photographie, dessinera et peindra à l’aquarelle sur certains tirages. Elle n’hésitera pas à explorer des techniques auxquelles on ne l’associe guère, tel que le cyanotype ».
Par ailleurs, l’acquisition de ce château va lui permettre d’installer « un véritable parc zoologique miniature. Entourée de nombreux animaux, domestiques et sauvages – notamment des lions – , ses modèles et amis, elle les étudie inlassablement, à travers des milliers de dessins, esquisses et tableaux, dans leur vie quotidienne, respectueuse de leurs spécificités et de leur mystère. »
Les animaux la passionnent depuis l’enfance. « Pour apprendre l’anatomie, la jeune Rosa a étudié les carcasses à l’abattoir du Roule, à Paris, avec les souliers et les jupes trempant dans des rigoles de sang. » Elle optera pour le port du pantalon, à l’époque interdit aux femmes, sauf autorisation stipulée par l’ordonnance du 16 brumaire an IX (7 novembre 1800) : « Toute femme, désirant s’habiller en homme, devra se présenter à la Préfecture de Police pour en obtenir l’autorisation. Cette autorisation ne sera donnée que sur le certificat d’un officier de santé, dont la signature sera dûment légalisée, et en outre, sur l’attestation des maires ou commissaires de police, portant les nom et prénoms, profession et demeure de la requérante. »
Munie de cette autorisation de travestissement, elle fréquente les foires aux bestiaux. A peine âgée de vingt ans, Rosa Bonheur, expose pour la première fois au Salon de Paris en 1841. Elle rencontre très vite le succès. « A l’époque du passage de la société rurale à une société industrielle, le public en est fou, les plus fortunés s’arrachent ses œuvres sitôt le pinceau levé. » Ce succès est renforcé par la diffusion de ses œuvres sous forme de gravures et de lithographies. En effet, Gambart, Tedesco frères, Knoedel et Goupil, les marchands avec lesquels la peintre collabore, sont aussi éditeurs d’estampes. Cette technique rend possible la diffusion massive de ses productions dans les foyers européens et américains, en noir et blanc ou coloriées, selon les moyens financiers des acquéreurs. L’artiste est également mise régulièrement à contribution pour illustrer divers ouvrages en lien avec l’agriculture et le monde animal. Ses tableaux se déclinent même sous la forme d’objets dérivés : papiers peints, services à thé, boîtes d’allumettes, portraits sur des cahiers d’écoliers. Des poupées de porcelaine à son effigie, portant cheveux courts et pantalon, sont produites en Amérique. Notons qu’Anna Klumpke a eu comme cadeau une poupée « Rosa ».
« Rosa Bonheur a été la première en France à hisser la peinture animalière, genre apprécié à l’époque mais secondaire, au même niveau et aux mêmes dimensions que la peinture d’histoire ou religieuse ». Ses modèles bénéficient de toiles monumentales, un format peu employé à l’époque, qui plus est par une femme. Elle est également la première femme artiste à recevoir en 1865 la légion d’honneur, remise en son atelier par l’impératrice Eugénie.
Brève histoire du château
Au départ, le château de By, construit au XVe siècle, est un rendez vous de chasse. D’abord la propriété de l’officier de Bigre qui a la charge des « abeilles du Roy », il sert ensuite de demeure à Henry de Bye, commandeur de l’Ordre de Saint Jean de Latran. Reconstruit au XVIIe siècle, il devient « la propriété de Jean Maximilien Leleu et sa femme, puis de leurs neveux messieurs Buron et Gérard. Racheté par Pierre Michelin et sa femme, il fut légué à Louis-Jacques Fabre qui le transmit à son fils Louis Jules Michel Fabre. »
Rosa Bonheur y vivra quarante ans, avec dans un premier temps Nathalie Micas qui meurt en 1889, puis, jusqu’à la fin de sa vie en 1899, avec la portraitiste américaine Anna Klumpke à qui elle lègue le château. Pendant la Première guerre mondiale, la demeure fait office d’hôpital. Il est occupé au cours de la Seconde Guerre et devient par la suite un asile de vieillards.
Légataire universelle et héritière de la demeure, ainsi que de toutes les œuvres attenantes, Anna Klumpke monte la vente de l’atelier et fait don d’œuvres importantes aux musées nationaux. Elle fait tout « pour préserver la mémoire de l’artiste. En vain : au siècle de Picasso le Minotaure, les vaches de Rosa Bonheur partent en réserves. En 1942, après la disparition d’Anna Klumpke, le château va à ses descendants, qui le gardent en indivision jusqu’aux années 2000, sans grandes transformations. A l’atelier tout reste dans son jus : mégots dans le cendrier ou blouse sur le dossier d’un fauteuil… En 2005, le domaine est en vente. Une association de défense est créée, avec l’espoir que l’atelier soit inscrit au titre de monument historique pour le protéger. Rien ne se fait, ni la protection, ni la vente. En 2014, les propriétaires le remettent sur le marché. Le ministère de la Culture, contacté, ne prend pas la mesure de l’importance patrimoniale du lieu, rare témoignage d’un atelier de femme artiste au XIXème siècle resté en l’état, avec des archives insoupçonnées plein les greniers, des peintures inachevées, des dessins et des centaines de photographies ».
Labellisé « Maison des illustres » en 2011, le château de By est repris par Katherine Brault, femme d’affaires originaire de Fontainebleau, issue de l’univers de la communication, en septembre 2017. En 2019, il a été choisi pour bénéficier des fonds procurés par le Loto du Patrimoine pour sa restauration. « La serre Eiffel et les façades principales ont pu être rénovées grâce aux fonds récoltés. Soutenu également par la Fondation du Patrimoine, de nombreuses restaurations (vitraux, escaliers, peintures, boiseries…) ont pu être réalisées ».

Visite de l’extérieur
« Rosa Bonheur fit rénover le domaine et le château de By, et ajouta un vaste atelier au-dessus des communs en 1859-1860. Pour ces travaux, elle fit appel à l’architecte industriel français Jules Saulnier qu’elle avait probablement rencontré dans le quartier du Luxembourg, où tous deux avaient leurs ateliers, et à qui elle avait déjà fait appel lors de l’acte de vente comme « conseils ». Sa maison-atelier est la plus ancienne création résidentielle de Jules Saulnier encore debout et la mieux conservée. La nouvelle propriétaire fit également restaurer, par Nathalie Micas, les meubles qu’elle avait acquis en même temps que le château. »








L’atelier





« De style néo-gothique, l’atelier est construit au-dessus de la remise et de la buanderie. Il présente une structure en bois et brique apparente, avec des croisillons de bois d’origine et un remplissage de briques émaillés. Les briques, de couleurs différentes, forment des motifs sur les façades, créant des semblants de niveaux différents. Les briques utilisées sont de tailles différentes, fines dans les remplissages entre les croisillons, et plus épaisses dans la travée de la fenêtre principale de la façade sur cour.
L’atelier et le reste du château ont fait l’objet de peu de transformations depuis cette rénovation, présentant un aspect proche de celui voulu par Rosa Bonheur. »
Le parc














La propriété présente un grand parc peuplé de fabriques (pavillon Louis XVI, serre et verrière probablement sorties des ateliers Eiffel, « chambre à raisin », écuries), que Rosa Bonheur fit aménager en ajoutant des cabanes et des enclos pour différentes sortes d’animaux.
Visite de l’intérieur
Le salon de thé






Accès à l’orangerie




Rosa Bonheur grandit avec la certitude de devoir jouer un rôle sur Terre, bercée par l’amour de sa mère qui la nommait « ma Grande Rosa ». La spiritualité saint-simonienne dont son père la nourrit la pousse dans cette voix choisissant pour combats l’égalité homme femme et la cause animale. Ses armes sont le crayon, le pinceau et la truelle du sculpteur. Animée par le besoin de sentir les volumes.
Sous ses doigts, soucieuse de précision anatomique , la sculpture est à la fois un moyen d’expression et un outil préparatoire à la réalisation de ses toiles monumentales. Elle s’attèle à la sculpture jusqu’à sa mort et projetait même de réaliser un important bas-relief représentant des chevaux sauvages en 1899.
Source : Musée Rosa Bonheur
L’orangerie





L’escalier d’honneur







Portrait de Rosa Bonheur, Anna Klumpke, 1898
Le premier des portraits de Rosa Bonheur par Anna Klumpke, conservé au château de Rosa Bonheur. Il accueille les visiteurs au pied de l’escalier d’honneur.
Le salon des visiteurs







L’atelier




















« L’atelier est décoré de vitraux présentant les initiales entremêlées de l’artiste. Les décors peints sur les murs ont été conservé, bien que dégradés, ainsi que le mobilier et la plus grande partie des effets personnels de Rosa Bonheur qui sont restés à leur place. »

Georges Achille-Fould (1865-1951) Rosa Bonheur dans son atelier, 1893
En juin 1892, Consuelo et sa sœur cadette George Achille Fould séjournent au château de Rosa Bonheur pour y peindre côte à côte son portrait dans son atelier. […] La châtelaine pose ici fièrement devant son chevalet, apportant la dernière touche à “Une famille de Lions” tandis que derrière elle on peut voir un détail de son dernier tableau, resté inachevé, la “Foulaison du blé en Camargue”.

Consuelo Fould (1862-1927), Portrait de Rosa Bonheur, 1893
La salle des études






« Sous la touche lisse et policée de ses œuvres d’allure académiques, rien n’est codifié, tout est véridique, fruit de l’étude acharnée des animaux sur le terrain pour les restituer dans leur singularité. Mouton crotté ou cheval aux flancs creux , ils sont plus vrais que nature et tous différents. Jamais non plus l’artiste qui milite pour la cause animale et fait partie des premiers adhérents à la SPA, ne plaque sur ses bêtes un regard sentimentaliste ou anthropocentrique. Ils restent à leur place d’animaux et ne véhiculent aucun message humain. Le moindre détail doit être documenté avec exactitude. »

Dans Le Labourage nivernais ou Le Sombrage (1849) passent puissants comme des aurochs, deux attelages de six bœufs charolais et nivernais retournant la terre nourricière. La race du roux, placé en troisième position, dénommée morvandelle, s’est éteinte il y a plus d’un siècle. Reste son image, immortalisée par l’artiste au poil près. Cézanne, en découvrant la toile, s’était écrié : « C’est horriblement ressemblant !«







Le grenier


















Anna Klumpke et la mémoire de Rosa Bonheur
« Après avoir été une fervente admiratrice de Rosa Bonheur, les circonstances de ma vie, et quelque secret destin sans doute, m’ont rendue la compagne de ses derniers jours, et la confidente de ses suprêmes pensées. Par là j’ai contracté le pieux devoir de faire connaître, d’après ses propres récits, la vie de la femme illustre que je n’ai cessé de pleurer. Sa carrière fut longue et bien remplie; un rayon de gloire l’illumina, et le jour funeste qui en marqua le terme fut déploré dans sa patrie, aussi bien que par delà les frontières et les océans, par tous ceux qui ont eu le culte de la nature, de l’art et de la beauté. Du moins, son souvenir n’est il pas près de s’éteindre : les belles œuvres qu’elle a laissées et qu’une admiration unanime a répandues un peu sur tous les continents, lui sont un sûr garant de vivre dans la mémoire de la postérité. » Extrait de Rosa Bonheur, sa vie, son œuvre par Anna Klumpke

Anna Elizabeth Klumpke naît à San Francisco le 28 octobre 1856. Son père, John Gerald Klumpke, est d’origine allemande et sa mère, Dorothea Matilda Klumpke (née Tolle), est américaine. Son père, instruit et travailleur, émigre d’abord à La Nouvelle-Orléans où il fait des études supérieures. Il en part en 1850 pour s’établir à San Francisco, séduit par la nouvelle de la ruée vers l’or. On le compte parmi les premiers pionniers de la région. Cependant, sa carrière de prospecteur est brève. Il replace les gains effectués dans l’immobilier, multiplie les transactions et devient ainsi très vite un citoyen important de San Francisco. Les parents d’Anna Klumpke se rencontrent à New-York. Ils auront sept enfants : cinq filles – Anna Elizabeth (née en 1856), Augusta Maria (1859), Dorothea (1861), Mathilde (1863) et Julia (1870) – et deux fils, John Wilhelm et George Frederick (nés en 1868).

Portrait d’Augusta Klumpke (1859-1927) (épouse Dejerine), Anna Klumpke
Augusta Maria, la deuxième de la fratrie – qui avait auparavant étudié les sciences à Lausanne – s’est rendue à Paris en 1877 pour y faire ses études de médecine ; elle est devenue externe en 1882, puis la première femme en France nommée interne des hôpitaux en 1887. Elle a suivi l’enseignement de Jules Déjerine, célèbre neurologue français ; le couple s’est marié en 1888 et a eu une fille, Yvonne. En 1914, Augusta est devenue la première femme à présider la Société française de neurologie.

Portrait de Dorothea Klumpke (1861-1942), Anna Klumpke
Dorothea Klumpke était la benjamine de John et Dorothea Klumpke. Elle étudia d’abord la musique à l’Université de Paris, mais finit par s’intéresser à l’astronomie. Elle obtint sa licence en 1886 et son doctorat sept ans plus tard, en 1893 ; entre-temps, elle avait pris un poste à l’Observatoire de Paris. Ses travaux portaient sur la mesure de la position des étoiles et sur l’astrophotographie, une technique spécialisée permettant de photographier des objets astronomiques ainsi que de vastes zones du ciel nocturne. Elle devint par la suite directrice du Bureau des mesures de l’Observatoire de Paris et fut nommée chevalier de la Légion d’honneur. Elle épousa l’astronome et astrophysicien gallois, le Dr Isaac Roberts.
A l’âge de trois ans et demi, Anna Klumpke se fracture le fémur et retombe quelques mois plus tard. La conséquence de cette deuxième chute est une ostéomyélite accompagnée d’une arthrite purulente du genou, une affection qui la rend boiteuse. Sa mère emmène Anna et ses trois sœurs à Paris, puis à Berlin afin de consulter différents professeurs. Elle se résout à regagner San Francisco avec ses enfants, déçue que les avis et les remèdes préconisés n’aient donné aucun résultat. Cet éloignement provoque le divorce et la rupture radicale de Dorothea Matilda Klumpke avec l’Amérique. Elle emmène ses enfants, dont elle a la garde, en Allemagne puis part s’installer avec eux à Lausanne. Anna Klumpke étudie à domicile et, s’intéressant à la peinture, est inscrite à des cours de dessin. En prise aux exigences éducatives de trois de ses filles, Anna, Augusta et Dorothea, elle décide d’emménager à Paris.
Anna Klumpke entre à l’Académie Julian où elle a comme professeurs Tony Robert-Fleury, Félix de Vuillefroy, William-Adolphe Bouguereau et Jules Lefebvre.


Le Printemps semant les fleurs sur les chemins de votre vie, 1925
Jeune fille à la coiffe aux iris (vers 1920)
Élève faisant preuve d’un talent exceptionnel, elle remporte, entre autres, le prix de l’élève la plus méritante de l’année pour son tableau intitulé « An Eccentric ». En outre, elle décroche la médaille d’argent à l’exposition de Versailles. Elle est la première femme à remporter la Temple Gold Medal remise par la Pennsylvania Academy of the Fine Arts. Ce prix prestigieux récompense la meilleure peinture à l’huile réalisée par un artiste américain et présentée lors de l’exposition annuelle de l’institution. Elle remporte également la médaille de bronze à l’Exposition universelle de 1889.


Elle prend régulièrement part aux expositions du Salon des artistes français. « L’une de ses toiles célèbres est une grande œuvre intitulée « Catinou Knitting », qu’elle a exposée au Salon de 1887″. C’est pendant ses études à l’Académie Julian qu’Anna Klumpke fait la découverte du tableau de Rosa Bonheur « Labourage nivernais ». Elle sollicite l’autorisation d’en réaliser une copie. Dans ses « Mémoires d’une artiste » (1940), elle écrit : « Que de fois je me suis attardée devant ce tableau ; n’est-ce pas, en effet, en le copiant que m’est venue la révélation de ma vocation artistique ? Ce tableau devint pour moi un véritable talisman. »
Anna Klumpke fait la connaissance de Rosa Bonheur en 1887. A l’époque, elle occupe un emploi de traductrice pour un collectionneur d’art américain souhaitant acquérir quelques unes des œuvres de la peintre. Anna Klumpke est une jeune artiste déjà bien reconnue, qui peint des portraits, enseigne, expose et reçoit des prix. « Après une première prise de contact, les deux femmes entamèrent une correspondance qui dura dix ans. En 1897, alors qu’elle vivait, peignait et enseignait à Boston, Anna écrivit à Rosa pour lui demander l’autorisation de réaliser son portrait. Rosa accepta et Anna se rendit en 1898 au château de By, à Thomery, pour rencontrer l’artiste ». Bien qu’ayant trente-quatre ans de différence d’âge, elles se lient très vite. Anna Klumpke œuvre à son premier portrait. « Sachant l’ennui profond qu’avait la peintre animalière pour les longues séances de pose, Anna Klumpke se mit à prendre des dizaines de portraits photographiques qui lui serviraient de documents pour son tableau. » Un mois après leur rencontre du 16 juin, Rosa Bonheur suggère à Anna Klumpke de s’unir personnellement et professionnellement. Anna acquiesce et, en août 1898, elles signent toutes deux un accord officiel pour entériner leur collaboration et leur union. Rosa Bonheur promet de faire construire un atelier pour Anna Klumpke au château de By. En échange, cette dernière consent à peindre des portraits de Rosa Bonheur et d’écrire sa biographie. Avant de mourir, Rosa Bonheur fait d’Anna Klumpke sa légataire universelle, au grand dam de la famille Bonheur.
Après la mort de l’artiste, Anna Klumpke continue à peindre et supervise la vente de l’ensemble des œuvres de Rosa Bonheur. Elle fonde également le prix Rosa Bonheur au sein de la Société des Artistes Français et fait paraître en 1908 une biographie de l’artiste, « Rosa Bonheur. Sa Vie, son œuvre », « s’appuyant sur son propre journal intime ainsi que sur les lettres, croquis et autres écrits de Bonheur. Anna y racontait la vie de l’artiste, relatant leur rencontre, la naissance de leur amour et la manière dont elle était devenue la portraitiste officielle et la compagne intime de Rosa. » Soulignons que « l’ouvrage laisse une large place au récit que Bonheur fait de sa propre existence et aborde des thèmes tels que la construction de l’identité de genre, les mutations institutionnelles du monde de l’art, l’intervention de l’État dans le domaine artistique, la réglementation sociale et juridique de l’habillement, ainsi que la perception transgressive des relations amoureuses entre femmes au sein d’une société répressive. »
Le gouvernement français lui décerne la Légion d’honneur en 1936. Elle retourne à San Francisco dans les années 1930 où elle y peint paysages et portraits. Elle décède en 1942 à 86 ans. Ses cendres sont déposées aux côtés de celles de Rosa Bonheur et de Nathalie Micas au cimetière du Père-Lachaise.
En savoir plus
Musée de l’atelier Rosa-Bonheur
Wikipedia
Le château de Rosa Bonheur : visite en vidéo d’un sanctuaire de l’art animalier
Catherine Aventurier
BeauxArts, 22 juillet 2022 mis à jour le 12 juillet 2023, 2’38
Du « sanctuaire » au « capharnaüm » : Rosa Bonheur dans ses ateliers
Oriane Poret
Romantisme, n° 202, 2023/4, pp. 79-91
Vidéo. Les secrets de Rosa Bonheur
caroline munoz, Youtube, 29 juin 2019, 8’46
Rosa Bonheur
Wikipédia
Rosa Bonheur
AWARE
Naissance de Rosa Bonheur 16 mars 1822
Sandra Buratti-Hasan, conservatrice du patrimoine, directrice adjointe du musée des Beaux-Arts de Bordeaux
France Mémoire, 2022
Rosa Bonheur : une éducation saint-simonienne
Sandra Buratti-Hasan, conservatrice du patrimoine, directrice adjointe du musée des Beaux-Arts de Bordeaux
France Mémoire, 2022
Le château de By, fief d’une icône du féminisme
Sandra Buratti-Hasan, conservatrice du patrimoine, directrice adjointe du musée des Beaux-Arts de Bordeaux
France Mémoire, 2022
Rosa Bonheur, vestale de l’art
Sandra Buratti-Hasan, conservatrice du patrimoine, directrice adjointe du musée des Beaux-Arts de Bordeaux
France Mémoire, 2022
Rosa Bonheur en 3 minutes
Claire Maingon
BeauxArts, 31 octobre 2022
Vidéo. Rosa Bonheur (1822-1899) femme et artiste hors norme sous le Second Empire, par Katherine Brault
Napoleonica® la chaîne, de la Fondation Napoléon, Youtube, 20 octobre 2022, 46’58
Vidéo. Qui était Rosa Bonheur, peintre animalière et icône féministe au XIXe siècle ?
Catherine Aventurier
BeauxArts, 8 avril 2022 mis à jour le 23 juillet 2024, 5’54
Rosa Bonheur (1822-1899)
The Gaze of a Parisienne, 14 décembre 2022
Rosa Bonheur, femme d’avant-garde en 8 œuvres exposées à Bordeaux
Armelle Fémelat
BeauxArts, 10 juin 2022 mis à jour le 10 juin 2022
Rosa Bonheur, une artiste de génie tombée dans l’oubli
Fiona Moghaddam
France Culture, 16 mars 2022
Audio. Rosa Bonheur était-elle féministe ?
Ouh là l’Art ! France Culture, 26 novembre 2021, 1′
Audio. Rosa Bonheur, la peintre qui fit des animaux des stars
Ouh là l’Art ! France Culture, 6 septembre 2021, 1′
Audio. Série « Création au féminin (second volet) » : Épisode 4/5 : Rosa Bonheur (1822 -1899), peintre animalière ambitieuse et femme à facettes
Toute une vie : 40 figures de la culture, France Culture, 20 août 2020, 58′
Rosa Bonheur, sa vie, son œuvre
Klumpke, Anna
Paris, E. Flammarion, 1909
Anna Klumpke, Rosa Bonheur, sa vie, son œuvre. Paris, Ernest Flammarion, [1908]
Paul Courteault
Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, n° 2-2, 1909, p. 144
Anna Klumpke
Wikipedia
Anna Elizabeth Klumpke
Aware / Centre Pompidou
A Portrait of Perseverance and Excellence: Anna Klumpke (1856-1936)
The Art of the Portrait journal, 3rd Quarter 2019
Anna Elizabeth Klumpke. – Her talented siblings and Rosa Bonheur
my daily art display,
Anna Elizabeth Klumpke : A Salon Artist par excellence
Britta C. Dwyer
In La présence américaine en France XIXe-XXe siècles, Revue Française d’Études Américaines, n° 59, 1994, pp. 11-23
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