
L’objectif de cette exposition, qui s’est tenue du 2 mars au 10 juillet 2022 au musée du Luxembourg, était de montrer comment les artistes femmes des années folles partageaient le même langage que leurs collègues masculins. Une façon de répondre à la question, pleine de provocation, posée par Linda Nochlin en 1971 Pourquoi n’y a-t-il pas eu de grands artistes femmes ?, et ainsi de contribuer à une réécriture plus paritaire de l’histoire de l’art.




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- Les femmes sur tous les fronts
- Comment les avant-gardes se conjuguent au féminin
- Vivre de son art
- La garçonne
- Représenter le corps autrement
- Chez soi, sans fard
- Les deux amies
- Le troisième genre
- Pionnières de la diversité
- En résonance avec d’autres articles publiés sur le blog humanitelles
- En savoir plus sur l’exposition
Le projet de l’exposition « Pionnières : Artistes dans le Paris des années folles » est né en 2009 de l’accrochage elles@centrepompidou consacré aux artistes femmes. L’occasion pour Camille Morineau et Lucia Pesapone, commissaires de l’exposition « Pionnières », de se pencher sur la vie et l’œuvre de Suzanne Valadon, et notamment sur « La Femme en bleu » qui était exposée dans le nouvel accrochage des collections permanentes de Beaubourg. Elles ont été frappées par la modernité de ce tableau et ont regardé cette odalisque représentée d’une manière complètement nouvelle par l’artiste. Certes, elle s’inscrit dans la tradition, mais Valadon nous la propose en pyjama, chez elle, cigarette au bec, pas bien coiffée, pas bien maquillée. Elle n’est pas nue, contrairement à la représentation habituelle des odalisques. Elle a un corps plutôt généreux qu’elle assume. Près de ses pieds, il y a des livres, et non plus des bouquets de fleurs. Elle ne nous regarde pas, elle ne regarde pas l’objectif, elle ne regarde pas la peintre, nous ne l’intéressons pas. Une artiste qui a le courage de montrer une femme différente tout en s’inscrivant dans une tradition. En effet, Suzanne Valadon connaît très bien l’histoire de l’art et les œuvres de ses collègues masculins. La couverture, les décors s’inspirent de ceux de Matisse. Le pyjama rayé renvoie aux odalisques de Matisse. C’est donc à partir de ce tableau que la question « Qu’est-ce que les années 20 et les artistes femmes ont montré de nouveau ? » a germé. Il fallait trouver un axe pour raconter cette décennie très dense dans les domaines de l’art, de la mode, de l’architecture, et définir une période précise. L’exposition va de 1918-1919, donc du Traité de Versailles, de la fin de la Première Guerre mondiale aux années 1929-1930, à la crise boursière aux États-Unis dont les effets seront ressentis un peu plus tard en Europe. Comment les artistes femmes ont-elles participé à la modernité, à ce nouveau langage, aux avant-gardes ? Il ne s’agit pas de démontrer qu’elles étaient meilleures mais de montrer une parité, un échange avec leurs collègues hommes. Elles avaient la possibilité d’exposer dans les galeries, elles recevaient des critiques de la part des hommes, elles vendaient leurs tableaux, elles arrivaient à vivre de leur art. A Paris, elles avaient une véritable visibilité sur le plan artistique. Comment ont-elles pu, pour la plupart, être oubliées ? Les années 30 et la Seconde Guerre mondiale ont été des années très sombres, non seulement pour la place des femmes dans la société mais aussi par la montée des totalitarismes. Ensuite, dans les années 50-60, l’histoire de l’art a été écrite par les hommes. Il faut attendre les années 1970 avec cet essai de Linda Nochlin « Pourquoi n’y a-t-il pas eu de grands artistes femmes ? » pour poser un autre regard.
Le but de l’exposition est de contribuer à réécrire une histoire de l’art plus paritaire, de remontrer des artistes et des œuvres dont la plupart sont restées dans des collections privées ou dans les réserves des musées.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01


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Les femmes sur tous les fronts
L’expérience de la Grande Guerre a accéléré la remise en cause du modèle patriarcal amorcée au Royaume-Uni à la fin du XIXe siècle par les suffragettes. C’est en France que l’entrée des femmes dans le monde du travail est la plus sensible. Engagées volontaires comme infirmières au front, elles deviennent aussi fermières, ouvrières ou médecins. Les femmes remplacent les hommes, décimés par un conflit meurtrier, comme le montre l’œuvre de Marevna La Mort et la femme. Certaines mettent leur inventivité au service de l’autre et créent des lieux ou des objets qui témoignent de leur philanthropie : la sculptrice Gertrud Vanderbilt Whitney met sa fortune au service de l’effort de guerre et crée en France l’Hôpital américain de Paris à Neuilly-sur-Seine. Elle fonde en 1931 le Whitney Museum of American Arts à New York.
Dans la France de l’après-guerre coexistent les libertés (de mouvement et d’expression) et les conservatismes : le suffrage féminin est refusé, la propagande anticonceptionnelle interdite et l’avortement sévèrement puni. La révolution russe d’octobre 1917 et le traité de Versailles de 1919 dessinent de nouvelles frontières provoquant des déplacements de population, dont celui de nombreuses artistes femmes en quête d’indépendance. Aux États-Unis, la prohibition et le racisme poussent toute une génération vers les capitales européennes, dont Paris. Ces hommes et ces femmes sont à la recherche d’une liberté culturelle, artistique et sexuelle que leur refusent leur pays d’origine.
La crise économique de 1929, la montée des totalitarismes, puis la Seconde Guerre mondiale vont à la fois restreindre la visibilité des femmes artistes, et faire oublier ce moment extraordinaire des années 1920 où elles avaient eu la parole.
Source : Pionnières : Artistes dans le Paris des années folles, musée du Luxembourg, du 2 mars au 10 juillet 2022
La première salle de l’exposition s’attarde sur la provenance de ces artistes femmes. Beaucoup d’entre elles viennent d’Europe et particulièrement d’Europe de l’Est. Camille Morineau et Lucia Pesapone ont essayé, sans avoir la prétention d’être exhaustives, de trouver quelques artistes originaires du Brésil, d’Inde, de Chine, des États-Unis pour, à la fois, élargir le propos, évoquer la cause de leur venue à Paris et expliquer leur rôle dans la diffusion de ce nouveau langage. En effet, à leur arrivée à Paris, elles se forment, restent quelques années, rentrent chez elles, emportant cette modernité dont elles deviennent les protagonistes. Ce sont des passeuses.
La Première Guerre mondiale a été le facteur de la prise de conscience des femmes de leur importance dans la société, de leur force, de leur place. Elles devaient avoir une visibilité. Cependant, il existe un décalage important entre la société française et la culture artistique. Paris reste quand même le lieu où les artistes pouvaient venir et surtout étudier. L’Académie Julian et l’Académie Moderne permettaient aux femmes de suivre des ateliers de nus. Elles ont pu ainsi représenter le corps des femmes, et aussi le leur.
Parmi les artistes à la recherche d’une liberté dont elles ne pouvaient plus jouir dans leur pays d’origine, citons Joséphine Baker, américaine fuyant la ségrégation ; Tamara de Lempicka, polonaise dont la vie est bouleversée par la révolution d’Octobre ; Chana Orloff, Ukrainienne d’origine juive née à Odessa qui fuit les pogroms.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01

Marie Vorobieff, dite Marevna, La mort et la femme, 1917 © humanitelles
Marevna étudie à Moscou. C’est Gorki qui la surnomme ainsi. La mort et la femme, tableau d’assez grand dimension, est peint bien avant la série des gravures sur la guerre d’Otto Dix de 1924.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01

Gertrud Vanderbilt Whitney, Étude de tête pour le Women’s Titanic Memorial, Washington Channel Park, 1923 © humanitelles
A l’instar de Gertrud Vanderbilt Whitney, beaucoup d’Américaines viennent en Europe, en France, à Paris pour apporter leur aide pendant la Première Guerre mondiale.
Mentionnons Gertrude Stein, mais aussi Anna Ladd et sa collègue française Jane Poupelet. Elles ouvrent toutes les deux un atelier dans le sixième arrondissement où elles mettent à disposition leur art de la sculpture pour refaire le visage des mutilés pendant la guerre.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01
Vidéo. Anna Coleman Ladd, la femme qui réparait les « gueules cassées »
Brut, 2’09
Audio. Série. « Jane Poupelet et l’atelier des masques » : Épisode 2/2 : Sculpter les visages
Une histoire particulière, France Culture, 24 octobre 2021, 28′
En 1917, les sculptrices Jane Poupelet et Anna Coleman Ladd ouvrent à Paris un atelier de reconstruction faciale, le « Studio for Portait Masks ». Elles prennent alors le relais des médecins pour redonner un visage aux « gueules cassées ».
| Marie Vorobieff, dite Marevna Wikipédia Marevna AWARE | Gertrud Vanderbilt Whitney AWARE |
Comment les avant-gardes se conjuguent au féminin
Paris – en particulier les quartiers latins, de Montparnasse et de Montmartre – est la ville des académies privées dans lesquelles les femmes sont les bienvenues. C’est aussi la ville des libraires d’avant-garde, des cafés où les artistes croisent les poètes et les romanciers et où le cinéma expérimental s’invente. Nombre de ces lieux sont tenus par des femmes : Adrienne Monnier et Sylvia Beach ouvrent respectivement, rue de l’Odéon, les librairies La Maison des Amis des livres et Shakespeare and Company, qui deviennent les lieux phares de la création littéraire de l’époque. Marie Vassilieff fonde en 1910 l’Académie russe pour les jeunes artistes non francophones, puis l’Académie Vassilieff, en 1912 ; Marie Laurencin enseigne avec Fernand léger, à partir de 1924, à l’Académie moderne. Dans cette école, l’abstraction se diffuse auprès d’élèves venus du monde entier. De nombreuses femmes artistes ont alors été attirées par l’abstraction qui leur permettait de s’affranchir des catégories de genre, contrairement à la figuration qui les impose.
L’abstraction est pratiquée dans tous les domaines artistiques, de la peinture au cinéma.
Source : Pionnières : Artistes dans le Paris des années folles, musée du Luxembourg, du 2 mars au 10 juillet 2022
Lucia Pesapone et Camille Morineau ont choisi de ne pas donner trop de place à l’abstraction, en raison de l’exposition qui s’est tenue à Beaubourg « Elles font l’abstraction », et de ne pas montrer de pièces de Sonia Delaunay qui est pourtant une figure majeure de cette période. Elle est cependant évoquée par l’exposition d’un maillot de bain et la présence d’une vidéo. Ce choix est justifié par l’exposition qui s’est tenue au musée d’art moderne « Sonia Delaunay : les couleurs de l’abstraction« . Les deux commissaires ont donc décidé de donner plus de place à des artistes moins connues et d’assumer que Sonia Delaunay commence, heureusement, à avoir la place qu’elle mérite. Donc, sur le mur des artistes qui ont présenté l’Académie Moderne, on peut voir Franciska Clausen, une artiste danoise, Marcelle Cahn, pour continuer avec Anton Prinner, sculptrice de la période constructiviste.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01
Vidéo. Sonia Delaunay évoquant quelques souvenirs
L’INA, Le temps de lire, Pierre Dumayet, 14 janvier 1972, 12’58
Gisèle Freund
(1908, Allemagne – 2000, France)





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1. Franciska Clausen, Éléments mécaniques, 1926
2. Marcelle Cahn, Composition abstraite, 1925
3. Franciska Clausen, Composition mécanique, 1929
4. Anna Béöthy-Steiner, Composition concentrique, s.d.
5. Marlow Moss, Composition en blanc, rouge et gris, 1935

Anna Prinner dite Anton Prinner, Construction en cuivre, 1935 © humanitelles
Anton Prinner est un artiste très singulier, née Anna Prinner. Il arrive à Paris en 1928 et adopte ce pseudo masculin. Il choisit vraiment une identité masculine. Lucia Pesapone et Camille Morineau ont été très intéressées par la question de la remise en cause de l’identité pendant cette période. Elles ont trouvé entre les années 20 et la société d’aujourd’hui certaines analogies : Le Covid en 2020 et la grippe espagnole en 1918 ; une montée de l’extrême droite actuellement et une montée angoissante des totalitarismes dans les années 20 ; le questionnement autour de la place des femmes dans les années 20 et le mouvement Metoo contemporain. Les questions liées à la possibilité de définir une nouvelle identité sexuelle, de nouveaux genres, étaient déjà explorées grâce à cette relative liberté et tolérance à Paris pour exprimer cette diversité. Tout avait déjà été au moins imaginé ou relativement vécu dans cette ville, d’où la décision d’Anna Prinner à son arrivée à Paris de choisir vraiment une identité. On peut la définir comme la première personne transgenre que l’art nous a transmise. Lucia Pesapone montre Marlow Moss à côté d’Anna Prinner, parce qu’elle a aussi opté pour un prénom masculin. Cette artiste britannique, née Marjorie Moss, décide de se faire appeler Marlow Moss. Depuis son arrivée à Paris en 1919, elle affiche un style de dandy. Elle invente la double ligne. A partir de 1929, elle ajoute cette double ligne dans ses compositions car elle trouve le tableau classique trop plat. Trois ans plus tard, Mondrian reprendra sa technique. Grâce à de nouvelles études, l’histoire de l’art est en train de se réécrire.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01
| Franciska Clausen Wikipédia Franciska Clausen AWARE | Marcelle Cahn Wikipédia Marcelle Cahn AWARE |
| Anna Béöthy-Steiner Wikipédia | Marlow Moss Wikipédia Marlow Moss AWARE |
| Anton Prinner Wikipédia |
Une petite intervention dans le domaine du cinéma avec la vidéo « Thèmes et variations » de Germaine Dulac qui s’insère très bien dans cette salle, avec ses engrenages, ses roues, ses machines. Les commissaires de l’exposition ont décidé de donner une place importante à Germaine Dulac, journaliste féministe qui a écrit dans les journaux « La Française » et « La Fronde« . En 1935, elle prend la direction d’Actualités Gaumont. C’est une des premières artistes qui expérimente le cinéma abstrait. En 1923, elle réalise le premier film féministe « La souriante Madame Beudet« .
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01
Vidéo. Thèmes et variations (1928), Germaine Dulac
Stephania Amaral, Youtube, 24 mai 2020, 9’30
Vidéo. Germaine Dulac’s « The Smiling Madame Beudet » (1923)
Donald P. Borchers, 13 août 2023, Youtube, 42’06

Gisèle Freund, Sylvia Beach dans sa librairie Shakespeare and Company, Paris, 1936 (Source : Centre Pompidou)
L’un des partis pris de l’exposition a été de choisir certaines typologies d’art, et donc d’exclure volontairement la photographie. D’une part, parce que ce serait le sujet d’une exposition à part entière et, d’autre part, parce qu’une exposition s’est tenue au musée d’Orsay en 2015 « Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945 » montrant de nombreuses photographes de la décennie traitée. Cependant, figurent des photos d’Adrienne Monnier et Sylvia Beach par Gisèle Freund. Pourquoi elles ? Ce sont deux libraires exceptionnelles, dont la librairie, à l’époque rue de l’Odéon, se situait à proximité du musée du Luxembourg, et puis elles ont joué un rôle de pionnières dans le domaine de la littérature. Elles étaient en couple, et c’est Sylvia Beach qui a traduit en français l’Ulysse de Joyce. Leur librairie était un lieu d’échanges, de rencontres, pas seulement de poètes mais aussi d’artistes.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01
Vivre de son art
Parce qu’elles sont moins visibles et reconnues que leurs homologues masculins, et pour gagner une indépendance nécessaire au développement de leur travail artistique, les artistes femmes sont plus que les hommes adeptes de la pluridisciplinarité. Mode, décoration intérieure et costumes de spectacles vivants, portraits mondains et objets, notamment des poupées, leur permettant d’atteindre leur autonomie financière. La « poupée portrait » est inventée par Marie Vassilieff et devient une production lucrative pour l’artiste qui fabrique aussi des marionnettes pour des compagnies de théâtre. C’est aussi le cas de Sophie Taeuber-Arp qui reçoit une commande en 1918 du Théâtre de Marionnettes de Zurich pour Le Roi Cerf, de Carlo Gozzi.
L’artiste polonaise Stefania Lazarska ouvre, en 1914, un atelier de confection de poupées revêtues de costumes historiques ou folkloriques vendues au profit de la communauté artistique polonaise à Paris : en 1915, elle employait 210 personnes. D’autres artistes montrent un véritable talent pour les affaires – Sonia Delaunay ou Sarah Lipska ouvrent des boutiques où elles présentent vêtements, meubles et objets de leur création.
Source : Pionnières : Artistes dans le Paris des années folles, musée du Luxembourg, du 2 mars au 10 juillet 2022
Lucia Pesapone et Camille Morineau ont été frappées par le fait que parmi ces artistes étrangères arrivant à Paris, certaines parlent français, d’autres pas ; certaines viennent d’un milieu plutôt aisé, voire riche, alors que d’autres doivent acquérir très rapidement une indépendance financière nécessaire pour vivre. Elles inventent donc très vite de nouveaux objets. La demande de décors et de costumes émanant des Ballets russes, des Ballet suédois leur permettent de travailler vite, de peindre vite et de gagner plutôt bien leur vie. Elles inventent la transdisciplinarité, c’est-à-dire qu’elles sont à la fois décoratrices, peintres, sculptrices, couturières, et c’est leur capacité de s’adapter qui caractérise les artistes de cette période.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01


Sarah Lipska, Ensemble de vêtements, XXe siècle © humanitelles
Sarah Lipska, une artiste polonaise sculptrice, décoratrice d’intérieur est l’exemple parfait de cette capacité d’adaptation. Elle fait les portraits de Paul Poiret, Héléna Rubinstein, la marquise Casati, et en même temps elle dessine et produit des robes, des vêtements qu’elle arrive à très bien vendre. Elle ouvre une boutique sur les Champs Élysées. Elle y dessine les décors à l’instar de Sonia Delaunay qui en 1924 ouvre elle aussi une boutique près du Pont Alexandre III.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01


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1. Gabrielle Chanel, La petite robe noire, Collection « Haute couture », circa 1927
2. Marie Laurencin, Portrait de Mademoiselle Chanel, 1923
Chanel, dans les années 20, a révolutionné la façon de s’habiller. En 1927 dans la collection « Haute couture », elle montre une robe noire toute en dentelle. Il n’y a plus de corset, plus de soutien-gorge, et surtout le noir fait son entrée dans la haute-couture, alors que cette couleur était traditionnellement associée aux domestiques et aux veuves. Elle représente le chic absolu.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01

Stefania Lazarska, Poupée vêtue d’une robe de style Second Empire de couleur chocolat, à galon noir et fleuri, d’un châle dit « des Indes » à motifs cachemire, d’un spencer assorti, d’un bonnet à pompon rouge dit « à la turque », d’un jupon et d’un pantalon brodés, 1931 © humanitelles
Une artiste très représentative de cette créativité et de cette capacité d’adaptation est Stefania Lazarska qui se rend compte qu’il y a une pénurie d’objets comme les poupées, et que ces objets sont demandés. Elle commence à en confectionner, crée de l’emploi. Ses poupées seront vendues après la guerre au BHV, au Printemps, jusqu’aux États-Unis. Sa générosité, son attention aux autres se retrouvent dans la démarche de Marie Vassilieff qui ouvre une cantine populaire pour artistes, modèles et soldats en permission. Stefania Lazarska appellent ses créations des poupées folkloriques. Les vêtements, les coiffures sont inspirés de pays lointains. Elle sont aujourd’hui conservées dans les collections du Quai Branly.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01



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1. Alice Halicka, La Course de chevaux, vers 1930
2. Alice Halicka, Course de Chevaux, vers 1930
3. Alice Halicka, Conversation, avant 1930
Alice Halicka, une autre artiste polonaise, arrive à Paris en 1912 et commence à peindre. Elle étudie à l’Académie Ranson et fait les portraits de personnalités comme Ernst, Braque, Foujita. Elle participe aux échanges avec les collègues hommes et femmes. Apollinaire remarque son travail au Salon des indépendants en 1914. Elle épouse Marcoussis, un peintre cubiste. Au retour de la guerre, ce dernier décide qu’il ne faut qu’un artiste dans le couple. Alice Halicka arrête de peindre, mais à partir de 1920 reprend son activité d’artiste. Elle réalise une série qu’elle appelle « Poupées à plat ». Il s’agit de collages de tissus, de broderies, de choses qu’elle trouve chez elle à l’atelier. Ses « Romances capitonnées » marchent très bien. Elle en place chez Poiret, chez Rubinstein. Il est vrai que ce n’est pas connu. Lucia Pesapone a trouvée ses œuvres chez un collectionneur privé en Pologne.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01





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1,2,3 Sophie Taeuber-Arp, 7 marionnettes pour « le Roi cerf »
4,5 Marie Vassilieff, Marionnettes pour les pièces Avant-Pendant-Après, et Le Château du Roi, Théâtre du Bourdon, 1928
Parmi ces nouveaux objets assez uniques et assez extraordinaires, évoquons les marionnettes de Marie Vassilieff et de Sophie Taeuber-Arp. Les marionnettes imaginées par Marie Vassilieff pour un spectacle de théâtre reprennent certaines inspirations issues de l’art des masques, très à la mode à l’époque. Elles possèdent aussi cette capacité de « refigurer » des portraits. Elles deviennent un objet culte dans le Paris de l’époque. Beaucoup de personnages importants lui demandent ces portraits poupées, Le Corbusier et Joséphine Baker par exemple.
Les marionnettes de Sophie Taeuber-Arp, dans un esprit déjà Dada, sont également imaginées pour un spectacle de théâtre en 1918.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01
| Sarah Lipska Wikipédia Sarah Lipska AWARE | Alice Halicka Wikipédia Alice Halicka AWARE |
| Gabrielle Chanel Wikipédia | Sophie Taeuber-Arp Wikipédia Sophie Taeuber-Arp AWARE |
| Marie Laurencin Wikipédia Marie Laurencin AWARE | Marie Vassilieff Wikipedia Marie Vassilieff AWARE |
La garçonne
Après les traumatismes de la Grande Guerre et la grippe espagnole qui avaient entraîné une profonde récession mondiale, s’installe une croissance économique et technique jamais vue auparavant.
Les artistes se saisissent de nouveaux sujets tels que le travail et le loisir des femmes, transformant au féminin le modèle du sportif masculin, représentant le corps musclé à la fois compétitif, élégant et décontracté.
Joséphine Baker incarne cette « nouvelle Eve » qui découvre le plaisir de se prélasser au soleil (c’est le début de l’héliothérapie) utilise son nom pour développer des produits dérivés, pratiquant aussi bien le music hall la nuit que le golf le jour. Véritable entrepreneuse Joséphine Baker ouvre un cabaret-restaurant, fonde un magazine et devient une des artistes les mieux payées en Europe.
Ces « garçonnes » (mot popularisé par le roman de Victor Margueritte en 1922) sont les premières à gérer une galerie ou une maison d’édition, à diriger des ateliers dans des écoles d’art. Elle se démarquent en représentant des corps nus, tant masculins que féminins, en interrogeant les identités de genre. Ces femmes vivent leur sexualité, quelle qu’elle soit, s’habillent comme elles l’entendent, changent de prénom (Anton Prinner naît Anna Prinner, Marlow Moss naît Marjorie Moss) ou de nom (Claude Cahun est le pseudonyme de Lucie Schwob, Marcel Moore celui de Suzanne Malherbe, sa compagne de vie et de travail). Leur vie et leur corps, dont elles sont les premières à revendiquer, l’entière propriété, sont les outils d’un art et d’un travail qu’elles réinventent complètement.
Source : Pionnières : Artistes dans le Paris des années folles, musée du Luxembourg, du 2 mars au 10 juillet 2022
La garçonne : roman
Victor Margueritte
BnF, Gallica
La publication de « La Garçonne« , en 1922, roman de Victor Margueritte, coûtera à son auteur la légion d’honneur. La garçonne est une femme indépendante, libre. La coupe à la garçonne est inventé par un coiffeur polonais qui arrive à Paris pendant les années 20. Il est très lié à certaines artistes polonaises comme Tamara de Lempicka. Cette nouvelle coiffure sera adoptée par toutes les femmes, et pas seulement par les artistes. Le corps change. Hommes et femmes connaissent le plaisir d’aller au bord de la mer, de bronzer, de faire du sport, ce qui n’existait tout simplement pas avant la guerre. On montre son corps. C’est aussi le début de l’héliothérapie, donc on va à la plage, à la mer pour se soigner. Les femmes font du sport de compétition. Les premiers Jeux olympiques féminins se mettent en place. Il y a des sportives mythiques, par exemple Suzanne Lenglen, joueuse de tennis qui devient championne olympique de ce sport à la mode. Une photo la montre dans une jupe culotte dessinée pour elle par Elsa Schiaparelli en 1928. Schiaparelli dessine une collection qui s’appelle « Pour le sport » en 1927. Une autre sportive mythique est Violette Morris, athlète dans plusieurs disciplines, qui se montre toujours de cette manière pour affirmer sa liberté.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01



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1. Sonia Delaunay, Vêtement de bain, vers 1928
2. Aleksandra Belcova, La joueuse de tennis, 1927
3. Jacqueline Marval, La Baigneuse au maillot noir, 1923


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1. Suzanne Valadon, Femme aux bas blancs, 1924
2. Suzanne Valadon, la Chambre bleue, 1923


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1. Produits de beauté pour les cheveux inspirés par la star Joséphine Baker
de la marque Baker
2. Marie Vassilieff (Maria Ivanovna Vassilieva, dite) (1884-1957). Poupée Josephine Baker, 1927. Dédicacée par Josephine Baker, Folies Bergères
On ne pouvait pas ne pas mentionner Joséphine Baker, mais un peu comme pour Sonia Delaunay, les commissaires de l’exposition ont choisi de la montrer de manière un peu différente. Auto-entrepreneuse avant l’heure, elle était l’artiste la mieux payée d’Europe. Elle a compris que son image se vendait très bien. Elle arrive des États-Unis. Son personnage, son physique, la musique qu’elle amène, la couleur de peau, tout symbolise la nouveauté pour l’Europe, pour Paris. Elle décide de produire toute une série de produits dérivés liés à son image : BAKERFIX, BAKEROIL et BAKER-NET. S’ils voulaient lui ressembler, les hommes et les femmes pouvaient se coiffer à sa manière en utilisant BAKERFIX. Adopter BAKER-NET leur permettait, à l’instar de l’artiste, de bien faire tenir leurs cheveux, et ils pouvaient bronzer avec BAKEROIL, la première huile de bronzage. Elle fait de la publicité pour des événements sportifs ou des vêtements de sport. Elle est prise en photo par Madame d’Ora.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01
| Sonia Delaunay Wikipédia Sonia Delaunay AWARE | Suzanne Valadon Wikipédia Suzanne Valadon AWARE |
| Aleksandra Beļcova Wikipédia Aleksandra Beļcova AWARE | Joséphine Baker Wikipédia |
Représenter le corps autrement
Les artistes femmes sont déterminées à révéler le monde tel qu’elles le voient, à commencer par elles-mêmes ; elles sont désormais libres de se représenter d’une autre façon que les hommes. Leur regard se construit à côté du regard masculin et s’en différencie de manière à la fois tranchée et subtile. Le regard désirant de l’homme est remplacé par un regard complexe qui travaille pour la première fois la manière dont la sexualité de la femme, ses plaisirs, ses inquiétudes et ses contraintes en général, influent sur ces représentations. L’autoportrait devient le genre de prédilection car il reflète les multiples identités de ces autrices : artistes professionnelles, mères, filles, modèles, ou encore membre d’un couple d’artistes. Se représenter, et se représenter nues pour la première fois, leur permet de façonner leur propre identité. C’est là que leur regard s’affûte, se mesure au passé, rêve un autre futur.
Source : Pionnières : Artistes dans le Paris des années folles, musée du Luxembourg, du 2 mars au 10 juillet 2022
Accéder aux ateliers de nus a permis à ces artistes d’acquérir la confiance nécessaire et la liberté de représenter les corps des femmes d’une autre manière, et aussi de peindre leur propre corps sans passer par les regards désirants de l’homme. Elles se donnent la possibilité de le faire avec un regard que l’on peut appeler le « female gaze ». Un regard peut-être plus sincère, et en montrant certains aspects pour la première fois. Mela Muter, Natalia Goncharova, Suzanne Valadon montrent les poils pubiens, un scandale pour l’époque. Elles s’affichent chez elles, dans un moment d’intimité, pas forcément en pose. C’est le cas d’Émilie Charmy qui, avec les deux portraits exposés, montre le plaisir féminin. Il s’agit d’un moment de jouissance et les mots de Colette reflètent également ce parti pris. Suzanne Valadon avait déjà montré cela en 1909 quand elle a réalisé son tableau « Adam et Eve », le portrait de l’artiste avec son amant, André Utter de 20 ans plus jeune qu’elle. Il s’agit d’une ode à la liberté des corps mais aussi à la liberté de l’amour. Elle a aussi peint des fesses masculines. Elle a été obligée d’ajouter une feuille de vigne à son tableau à la demande des organisateurs du Salon d’automne de 1920. Cela prouve la difficulté de représenter à l’époque le corps d’un homme complètement nu, et confirme en cela le rôle pionnier joué par Suzanne Valadon. Tamara de Lempicka représente un nu masculin… de dos. Suzanne Valadon pousse l’audace de se peindre à l’âge de 68 ans seins nus, sans peur, sans filtre. Elle nous livre le magnifique portrait d’une femme âgée n’hésitant pas à montrer son corps avec tous ses défauts, très loin de certaines images stéréotypées, des femmes parfaites, des magnifiques odalisques.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01

Natalia Gontcharova, Nu, vers 1925 © humanitelles

Jacqueline Marval, L’Étrange femme, 1920 © humanitelles

Marie Vassilieff, Nu au deux masques, 1930 © humanitelles


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1. Émilie Charmy, Jeune femme, tête renversée, 1920
2. Émilie Charmy, Hania Routchine, nue, 1921



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1. Mela Muter, Nu cubiste, 1919-1923
2. Mela Muter, Nu assis avec des bas, 1922
3. Mela Muter, Femme avec un chat, vers 1918-1921

Chana Orloff, Grande baigneuse accroupie, 1925 © humanitelles

Alice Bailly, Baigneuse aux oiseaux, 1922 © humanitelles
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| Jacqueline Marval Wikipédia Jacqueline Marval AWARE | Chana Orloff Wikipédia Chana Orloff AWARE |
| Marie Vassilieff Wikipedia Marie Vassilieff AWARE | Alice Bailly Wikipédia Alice Bailly AWARE |
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Chez soi, sans fard
Tandis que le corps des femmes s’expose librement sous le soleil, il se réinvente aussi chez soi, sans fard. Ces odalisque modernes se représentent dans leurs intérieurs, inventant une nouvelle forme de naturalisme. Plus besoin de paraître ni de faire semblant : la maternité peut être fatigante ; les poses des nus excentriques ; le déshabillé une échappatoire aux diktats des regards et des devoirs domestiques. Dans l’immédiate après-guerre, Mela Muter et Maria Blanchard, en tant qu’artistes étrangères installées à Paris, réagissent aux inégalités de classes de la société française face à une politique qui milite pour une croissance de la natalité. Leurs madones sont des ouvrières ou des domestiques, d’origine espagnole ou africaine, qui s’éloignent de l’image traditionnelle de la maternité heureuse.
Le discours est différent pour Chana Orloff et Tamara de Lempicka. Les sculptures de mères autonomes et indépendantes d’Orloff exaltent une vision puissante de la femme, capable d’assumer à la fois le rôle des deux parentes et celui d’une artiste à succès vivant de son art. loin de toute préoccupation sociale, Lempicka traduit en peinture le cadrage serré du cinéma hollywoodien en vogue à l’époque. Le traitement de ses figures met en lumière leur sensualité et leur glamour tout en les intégrant dans une vie mondaine semblable à la sienne.
Source : Pionnières : Artistes dans le Paris des années folles, musée du Luxembourg, du 2 mars au 10 juillet 2022
En France à la fin du conflit, il y a environ 700 000 veuves de guerre. Des artistes se retrouvent à devoir assumer le rôle des deux parents, à devoir élever leurs enfants tout en travaillant et tout en essayant de se positionner, d’avoir un rôle important dans le milieu artistique. Mela Muter et Maria Blanchard décident de montrer les côtés moins heureux de la maternité. Celle-ci peut être fatigante, difficile. Il faut nourrir les enfants, il faut travailler, surtout si on est issue de milieu modeste. Et donc, comme précédemment dans la salle « Représenter son corps autrement », elles ont un regard assez sincère. Elles représentent le corps de ces femmes un peu fatiguées, dans des poses qui ne sont pas conventionnelles. Ce ne sont pas les maternités de la Renaissance. Maria Blanchard, par exemple prend pour modèles des domestiques ou des femmes provenant d’Afrique. Observons cette maternité, pieds nus dans une pose atypique, où toute la fatigue se lit dans le regard de la femme peinte par Mela Muter.
Deux maternités de Chana Orloff, artiste d’origine ukrainienne qui arrive à Paris. Elle est dans une situation difficile au début. Elle est veuve avec un enfant. Mais le corps, les maternités et les femmes qu’elle sculpte sont très puissantes. Chana Orloff arrive à se faire connaître, à obtenir beaucoup de commandes. Son atelier est dessiné par Gustave Perret. Elle gagne très bien sa vie grâce à son art. Ses sculptures montrent ce que fût sa vie, sa force, ses possibilités et ce succès obtenu malgré ses difficultés.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01

Tamara de Lempicka, Mère et son enfant, 1932© humanitelles



© humanitelles
1. Maria Blanchard, La Toilette, 1924
2. Maria Blanchard, Maternité, 1922
3. Maria Blanchard, Maternité, 1921

Mela Muter, Famille gitane, vers 1930 © humanitelles

Chana Orloff, Moi et mon fils, 1927 © humanitelles

Chana Orloff, Maternité couchée, 1923 © humanitelles
| Tamara de Lempicka Wikipédia Tamara de Lempicka AWARE | Mela Muter Wikipédia Mela Muter AWARE |
| María Blanchard Wikipédia María Blanchard AWARE | Chana Orloff Wikipédia Chana Orloff AWARE |
Les deux amies
L’expression « deux amies » décrit une amitié forte entre deux femmes sans la présence d’hommes, ou une histoire d’amour ou un mélange d’amitié et de désir permettant aux femmes d’assumer leur bisexualité. Tamara de Lempicka fait partie des artistes qui vivent ouvertement leurs multiples aventures amoureuses et qui en font un des sujets de prédilection de leur art. A ce regard féminin sur le corps en général s’ajoute, dans les œuvres de Lempicka, la construction d’un regard désirant d’une femme sur le corps d’une autre femme. Le Belle Rafaela sublime le corps voluptueux de l’une de ses jeunes amantes, le tableau Les Deux Amies révèle un moment de forte intimité érotique. La chanteuse Suzy Solidor, icône lesbienne, célèbre pour ses interprétation s de chansons saphiques, est aussi sujet, modèle et amante de la peintre polonaise.
La littérature se fait aussi l’écho de ce nouveau sujet.
Source : Pionnières : Artistes dans le Paris des années folles, musée du Luxembourg, du 2 mars au 10 juillet 2022
La Salle des deux amies est dédiée à l’artiste polonaise Tamara de Lempicka. Peut-être le nom le plus connu si on pense aux années folles, de par sa vie et son image d’icône glamour. Cette salle a été conçue par rapport à la thématique des deux amies, donc de l’amour lesbien qualifié à l’époque d’amour saphique. Tamara de Lempicka était bisexuelle. Elle arrive à Paris avec son mari et sa fille, et bientôt sa vie mondaine lui fait connaître un tas d’amantes, dont Suzy Solidor, affiche de l’exposition. Ce tableau « Les deux amies » , daté de 1923 et signé encore avec un nom d’homme De Lempicki, nous montre cet amour entre deux femmes après le moment de l’extase, maquillées, coiffées à la mode de l’époque. Tamara de Lempicka est considérée comme une artiste néo-cubiste, notamment par rapport aux décors et aux villes qu’elle peint. Il semblerait cependant qu’il faille plutôt se référer aux corps de Michel Ange. En effet, elle voyage en Italie pendant sa jeunesse. Son inspiration provient de la pensée de la Renaissance italienne, des corps, des volumes de Michel Ange. Mais elle intègre cette nouvelle image du corps de la femme qui n’hésite pas à se montrer avec tous ses défauts, ses rondeurs. Ses tableaux seront très vite collectionnés par les stars d’Hollywood. Ces tableaux présentent une certaine similarité avec le cinéma de l’époque : un cadrage serré et une lumière très directe, une des raisons sans doute pour laquelle elle a été collectionnée par ce milieu. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle fuit vers les États-Unis avec son deuxième mari. Elle décède au Mexique. Comme beaucoup de ses collègues femmes, elle sera oubliée jusqu’à la redécouverte dans les années 80-90 de son travail et de son personnage. Lucia Pesapone explique qu’après avoir vu l’exposition, la petite fille de Tamara de Lempicka lui a dit : « Finalement, tout le monde disait que ma grand-mère était extrêmement scandaleuse mais je trouve qu’elle ne l’était pas tant que ça ». Car cette liberté d’être en couple, d’avoir des amantes, d’assumer une bisexualité ou différentes identités était relativement courante pour l’époque. Relativement, car le contexte sociétal était encore fortement patriarcal. Mais à Paris dans les années 20, l’homosexualité était permise, contrairement à Berlin, l’autre grande capitale de l’art à l’époque.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01



© humanitelles
1. Tamara de Lempicka, La belle Rafaela, 1927
2. Tamara de Lempicka, Suzy Solidor, 1935
3. Tamara de Lempicka, Perspective ou Les deux amies, 1923
Tamara de Lempicka
Wikipédia
Tamara de Lempicka
AWARE
Le troisième genre
« Masculin ? Féminin ? Mais ça dépend des cas. Neutre est le seul genre qui me convienne toujours » (Claude Cahun, 1930)
Pensant ces Années folles se construit une réflexion complexe sur un « troisième genre », sur une éventuelle « neutralité », ainsi que sur la possibilité d’une transition d’un genre à l’autre. Dans quelques capitales cosmopolites, le genre est un choix, il s’agit d’une notion fluide en pleine transformation. Les travestissements connotés d’ambivalence sexuelle de Claude Cahun et de sa compagne Marcel Moore ou l’aventure du couple Wegener et leur œuvre transgenre en témoignent. Pendant tous sa vie, Gerda Wegener a peint son mari, plus connu sous son identité trans de Lili Elbe, et en a fait une vraie bataille contre toutes formes de discrimination.
Romaine Brooks est un autre exemple de peintre résistant aux normes de genre : elle réinvente de manière rigoureuse le portrait féminin en l’éloignant des codes traditionnels et de l’image de la femme fatale. Elle utilise une palette sombre et des cadrages qui mettent en valeur la figure sans aucune concession au décor. Les personnages qu’elle peint font partie du cercle de Natalie Clifford Barney, riche Américaine installée dans la capitale française à la fin du XIXe siècle, dont le portrait en tant qu’ »Amazone » est exposé.
Source : Pionnières : Artistes dans le Paris des années folles, musée du Luxembourg, du 2 mars au 10 juillet 2022

Gerda Wegener, La sieste, 1922 © humanitelles




© humanitelles
1. Gerda Wegener, Lily, 1922
2. Gerda Wegener, Lily avec un éventail à plumes, 1920
3. Gerda Wegener, Lily déguisée en « Chevalier à la rose », 1921
4. Gerda Wegener, Deux cocotes avec des chapeaux, 1920
Gerda Wegener est une artiste danoise qui choisit de représenter son mari Einar d’abord déguisé en femme, puis devenu femme. Il s’agit de la première transition de sexe connue. Le pan de mur consacré à son œuvre est un symbole de tolérance, de la défense de sa femme tout au long de sa vie. Elles quittent Copenhague et viennent s’installer à Paris, à la recherche d’une tolérance absente chez elles.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01

Marie Laurencin, Femmes à la colombe, Marie Laurencin et Nicole Groult, 1919
© humanitelles
Marie Laurencin se peint avec son amante Nicole Groult. Marie Laurencin porte une cravate. La présence d’une colombe signifie l’amitié, la paix dans le couple.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01


© humanitelles
1. Romaine Brooks, Portrait de Natalie Clifford Barney, femme de lettres, dit « L’amazone », 1920
2. Romaine Brooks, Au bord de la mer, 1914
Roman Brooks fait aussi partie de cette redéfinition et de cette mise en représentation du portrait féminin. A l’opposé de Tamara de Lempicka, elle pratique un portrait très minimaliste. Elle décide de s’habiller avec des vêtements masculins. Elle est très moderne aussi, avec une palette sobre où figurent toutes les nuances de gris, ses cheveux en l’air, un regard qui nous interroge.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01

Chana Orloff, Romaine Brooks, 1923 © humanitelles


© humanitelles
1. Claude Cahun, Autoportrait, vers 1928 (Lucy Schwob, dite Claude Cahun)
2. Claude Cahun, I am in training don’t kiss me, 1927
Cette réflexion très profonde autour de la notion des différentes identités possibles est creusée et vécue par d’autres artistes. Claude Cahun qui déclare dans les années 30 : « Féminin, masculin, l’autre est le seul genre qui me convienne ». Pendant toute sa vie, elle remettra en cause à travers son art la dualité (féminin, masculin). On parlerait de non binarité. Et elle se représente avec toutes les possibilité de l’appareil photographique avec sa compagne Marcelle Moore. Les deux choisissent un autre nom : Cahun née Lucie Schwob, choisit le nom de Claude pour son art. Et ce pan de lecture donné aujourd’hui à son travail est vraiment une redéfinition de l’identité de ce genre. L’autre, c’est elle qui le crée vraiment dans les années 30 et qui le signe.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01
Un seul homme est montré dans l’exposition, par l’intermédiaire de la photo de Marcel Duchamp en Rrose Sélavy signée Man Ray. A partir des années 20, il signe beaucoup de pièces du nom de Rrose Sélavy, et le fait de choisir un alter ego féminin n’est pas du tout anodin. C’est l’occasion pour Marcel Duchamp de remettre en cause la notion de créateur, de génie masculin. L’utilisation du travestissement montre Duchamp profondément ambivalent et, dans un certain sens, troublé par le genre. Cette provocation est à lire dans le contexte Dada qui est anti-norme. Tout cela signifie une irruption de l’autre dans le travail de Marcel Duchamp, et l’attention vers les fragilités, les minorités. Il a semblé cohérent de placer cette photographie dans cette salle de discussion et de construction de ces nouvelles identités.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01

Marcel Duchamp en Rrose Sélavy, photographie de Man Ray, 1921
(Source : Wikipédia)
Quelques bijoux dédiés à certains couples homosexuels, lesbiens. La chauve-souris était le marqueur qui leur permettait de se reconnaître. Un magnifique ensemble de bijoux créé par Lalique offert par Liane de Pougy à Natalie Clifford-Barney, avec la chauve-souris qui devient un animal symbole.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01
Natalie Clifford Barney et Liane de Pougy. L’Amour des mots et des bijoux
Charline Coupeau, Docteure en histoire de l’art, gemmologue, spécialiste du bijou ancien. Chercheuse à l’École des Arts Joailliers avec le soutien de Van Cleef & Arpels
BnF, Les Essentiels
Les bijoux de Natalie Clifford Barney
Musée des arts décoratifs
Bague chauve-souris
BnF, Les Essentiels
| Gerda Wegener Wikipédia Gerda Wegener AWARE | Claude Cahun Wikipédia Claude Cahun AWARE |
| Marie Laurencin Wikipédia Marie Laurencin AWARE | Chana Orloff Wikipédia Chana Orloff AWARE |
| Romaine Brooks Wikipédia Romaine Brooks AWARE |
Pionnières de la diversité
Sans doute parce qu’elles étaient déjà à la périphérie d’un monde dont elles auraient voulu être au centre, les artistes femmes ont été aventurières, mobiles, curieuses et ouvertes à d’autres cultures. Elles ont pour certaines exporté la modernité sur d’autres continents, comme la brésilienne Tarsila Do Amaral et l’Indienne Amrita Sher-Gil ; elles se sont également intéressées à le représentation de la diversité. Le manque de reconnaissance dans leur pays a rendu ces pionnières particulièrement sensibles à d’autres cultures que les leurs.
Dans ce contexte créatif, Juliette Roche conçoit un déjeuner sur l’herbe moderne et multiethnique, une relecture de La Danse de Matisse, dans lequel les personnages assis au centre du tableau représenteraient le dialogue entre couleurs de peau, et où les danseurs androgynes annihileraient toute différence entre les sexes, évoquant l’espoir de vivre ensemble et en paix. Lucie Cousturier et Anna Quinquaud voyagent en Afrique et offrent une représentation non stéréotypée du peuple africain à travers leurs œuvres et écrits.
Source : Pionnières : Artistes dans le Paris des années folles, musée du Luxembourg, du 2 mars au 10 juillet 2022

Mela Muter, Femme noire avec fleurs jaunes, s.d. © humanitelles
Trois défis : montrer une femme noire, une domestique et âgée.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01

Suzanne Valadon, Vénus noire, 1919 © humanitelles

Lucie Cousturier, Homme noir écrivant, s.d. © humanitelles
Lucie Cousturier fait la connaissance d’un bataillon de tirailleurs sénégalais à Fréjus, tout près de chez elle. Elle leur apprend à lire, à écrire, et ensuite, elle va écrire trois livres : « Des inconnus chez moi« , « Mes inconnus chez eux » car elle partira vivre avec eux en Afrique.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01
Mes inconnus chez eux. Mon amie Fatou, citadine
Lucie Cousturier
BnF, Gallica
Mes inconnus chez eux. Mon ami soumaré Laptot
Lucie Cousturier
BnF, Gallica
« Des inconnus chez moi » : quand une jeune Française rencontre des tirailleurs sénégalais en 1916
Nicolas Michel
Jeune Afrique, 16 décembre 2016


© humanitelles
1. Anna Quinquaud, An Floka, 1933
2. Anna Quinquaud, Kadé, fillette de Tougué, 1930
La période permet aux femmes artistes de voyager, notamment grâce aux prix qu’elles gagnent. C’est le cas d’Anna Quinquaud qui part seule en Afrique pendant plusieurs mois. Rentrée à Paris, elle montre des portraits qui ne sont pas du tout stéréotypés, qui ne passent pas par le regard colonial très courant de l’époque ou, encore pire, par certaines caricatures racistes. Ce qu’elle nous montre, ce sont les individus et sa façon de les montrer est réaliste, par exemple la manière de tresser les cheveux.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01

Tarsila Do Amoral, La famille, 1925 © humanitelles


© humanitelles
1. Tarsila Do Amoral, Carte postale, 1929
2. Tarsila Do Amoral, Lagoa Santa, 1925
Les pionnières de la diversité sont des artistes qui viennent à Paris, qui s’y forment et qui, une fois rentrées chez elle, contribuent à la diffusion d’un nouveau langage, tout en gardant certains aspects propres à leur pays. L’exemple en est Tarsila Do Amoral. Elle a été formée à l’Académie de Fernand Léger, dont on peut reconnaître certains volumes, mais les couleurs sont celles vraiment baroques des villes brésiliennes, et les paysages, la nature, les animaux sont propres à sa culture. Elle fonde un mouvement qui s’appelle l’anthropophagie. Elle joue un rôle très important chez elle. C’est une icône, une star au Brésil. Le dessin Abaporu qui, en langue guarani signifie cannibale, est un peu son autoportrait. Elle a voyagé, s’est nourrie de différentes influences, du langage de la modernité. Elle a digéré tout cela et créé son propre langage.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01

Amrita Sher-Gil, Autoportrait en tahitienne, 1934 © humanitelles
A côté des œuvres de Tarsila Do Amoral, figure « l’autoportrait en tahitienne » de Amrita Sher-Gil, une artiste indienne. La démarche est similaire à celle de l’artiste brésilienne. Elle arrive à Paris, s’y forme. Rentrée en Inde, elle se dit : « Je veux devenir la Picasso d’Inde ». Un peu comme Suzanne Valadon, elle s’approprie la tradition tout en la réinterprétant à sa manière. Elle revisite Paul Gauguin. Les décors sont un peu japonais et peuvent rappeler certaines toiles de Van Gogh, ou ce portrait de Paula Modersohn Becker connu pour être le premier autoportrait nu d’une femme enceinte.
Leur caractère, leur personnalité, leur biographie sont absolument incroyables. Plusieurs de ces artistes ont donné lieu à des romans publiés au cours de leur vie.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01

Nina Hammett, Homme couché, vers 1918 © humanitelles





Juliette Roche, Sans titre, dit American Picnic, v. 1918
(œuvre intégrale et détails) © humanitelles
Le tableau de Juliette Roche, cette danse, une reprise de l’oeuvre de Matisse, résume un peu cette décennie. Cette grande toile – c’est assez nouveau – symbolise cette période dorée, cette brèche entre la Première et la Deuxième Guerre mondiale, et cette utopie probablement aussi d’un monde où hommes et femmes pourraient vivre ensemble. Ce déjeuner sur l’herbe moderne, avec trois couleurs de peau qui dialoguent, qui parlent en amitié. L’artiste qui nous regarde pour revenir à la tradition ancienne, avec peut-être son amante.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01
| Suzanne Valadon Wikipédia Suzanne Valadon AWARE | Tarsila do Amaral Wikipédia Tarsila do Amaral AWARE |
| Mela Muter Wikipédia Mela Muter AWARE | Amrita Sher-Gil Wikipédia Amrita Sher-Gil AWARE |
| Lucie Cousturier Wikipédia Lucie Cousturier AWARE | Nina Hammett Wikipédia |
| Juliette Roche Wikipédia Juliette Roche AWARE | Anna Quinquaud Wikipédia |
Quelques mots par rapport à certaines artistes qui sont nommées dans le catalogue, que les commissaires auraientt vraiment voulu avoir dans l’exposition, mais dont, pour cause de covid, il n’a pas été possible de faire venir les oeuvres. Par exemple, l’artiste chinoise Pan Yuliang, une artiste assez incroyable qui se forme à Lyon et à Paris, qui a eu une carrière d’enseignante et de directrice de musée, et qui explore aussi la thématique du portrait nu féminin.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01

Pan-yulian, Sans titre, 1930 (source : Wikipédia)
Une autre artiste, Augusta Savage qui arrive en 1930 à Paris, sculpte des bustes de gamins très réalistes, en montrant toute cette beauté et cette fierté africaine-américaine qu’elle développera dans le mouvement de la Renaissance de Harlem aux Etats-Unis.
Source : Audio. Conférence de présentation de l’expo Pionnières, GrandPalaisRmn, 17 mars 2022, 1 31′ 01

Augusta Savage, Gamin, 1929 (Source : Wikiart)
| Pān Yuliang Wikipédia Pan Yuliang AWARE | Augusta Savage Wikipédia Augusta Savage AWARE |
En résonance avec d’autres articles publiés sur le blog humanitelles
Les femmes et l’art : colloque du 16 novembre 2024, décembre 2024
La Villa Marie Vassilieff : de l’artiste à AWARE (Archives of Women Artists, Research and Exhibitions), novembre 2024
Chana Orloff, sculpter l’époque – visite de l’exposition du musée Zadkine (15 novembre 2023 – 31 mars 2024), avril 2024
Dans l’atelier de Chana Orloff, novembre 2023
Dans l’atelier de Suzanne Valadon, novembre 2023
Judith Butler : trouble dans le genre, novembre 2023
En savoir plus sur l’exposition
Vidéo. Qu’allez vous voir à l’expo Pionnières ?
Découvrez en vidéo avec les commissaires ce qui vous attend dans l’expo « Pionnières » au Musée du Luxembourg, à voir jusqu’au 10 juillet !
Musée du Luxembourg, 2022, 6’02
Les Pionnières, Artistes dans le Paris des Années folles
Maggy De Coster (texte & reportage photographique)
Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin »
“Pionnières” Artistes dans le Paris des Années folles, au Musée du Luxembourg, Paris, du 2 mars au 10 juillet 2022
FranceFineArt, 2022
Audio. Comment réécrire l’histoire de l’art de manière plus paritaire ?
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Exposition « Pionnières » au Musée du Luxembourg : découvrez ces artistes femmes des Années folles qui ont fait bouger les lignes
Camille Bigot
franceinfo, 1er mai 2022
Pioneers : Artists in the Paris of the Roaring Twenties. Parisian scene of the early 20th century
Eléonore Besse
AWARE, 28 mars 2022
Femmes pionnières, femmes nouvelles : visite de l’exposition « Pionnières – artistes dans le Paris des années folles »
Sara Bench
Le Blog du Swing, 28 mars 2022
Vidéo. Avec l’exposition « Pionnières », le musée du Luxembourg rend hommage aux artistes du Paris des années folles
franceinfo, 15 mars 2022, 2’19
Vidéo. Exposition Pionnières, artistes d’un nouveau genre au Musée du Luxembourg à Paris,
Arts in the City, 4 mars 2022, YouTube, 2’17
Exposition « Pionnières : Artistes dans le Paris des années folles » au Musée du Luxembourg. Du 2 mars au 10 juillet 2022
France Culture, 24 février 2022
Vidéo. Camille Morineau, conservatrice, veut « rendre visibles ces artistes femmes qui ont été oubliées »
France 24, 23 février 2022, 8’23
Musée du Luxembourg l’exposition : Pionnières. Artistes dans le Paris des années folles !
Tout pour les femmes. La vie au féminin, 2022
Vidéo. Exposition « Pionnières » au Musée du Luxembourg
Sénat, 2022, Dailymotion, 2’52
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