
Grande pionnière de l’art moderne, la peintre allemande Gabriele Münter a été l’une des voix féminines du Cavalier bleu, groupe de l’avant-garde expressionniste qu’elle a créé avec Vassili Kandinsky. Mais sa carrière de peintre ne s’arrête pas au moment où s’éteint ce cercle d’artistes. La première rétrospective en France au MAM du 4 avril au 25 août 2025 démontre qu’on ne peut réduire la créativité de Gabriele Münter à la seule période où elle fut la compagne de l’artiste russe.
- Gabriele Münter en quelques dates
- Kodak Girl
- Premiers pas sur la scène parisienne
- Portraits munichois
- Munich, Murnau et le Blaue Reiter
- Retour aux sources : intérêt pour l’enfance et l’art vernaculaire
- Berlin, Paris, les années 20 : une nouvelle figuration
- Une nouvelle vie à Murnau
- En savoir plus
Photos ©humanitelles
Gabriele Münter en quelques dates
« Aux yeux de beaucoup, je n’étais qu’une annexe insignifiante
de Kandinsky. On oublie facilement qu’une femme peut posséder
un talent original et authentique, être une vraie créatrice. »

Gabriele Münter, Vassily Kandinsky, 1905
| 1877 | Naissance à Berlin le 19 février. Son père décède en 1886. |
| 1897 | Münter suit des cours dans une école d’art privée pour dames à Düsseldorf. Décès de sa mère. |
| 1898-1900 | Voyage aux États-Unis avec sa sœur aînée Emmy. |
| 1901 | Installation à Munich. Formation à l’Académie de l’Association des Artistes Femmes, à l’Ecole Wolff Neumann et à l’école de la Phalanx, fondée par Kandinsky. |
| 1904-1908 | Voyage avec Kandinsky au Pays-Bas, en Tunisie, en Italie, en Suisse, à Paris et à Berlin. |
| 1906 | Arrivés en mai, Münter et Kandinsky logent d’abord dans le quartier latin, puis à Sèvres. A partir du 17 novembre 1906 et jusqu’au mois de mars. |
| 1907 | Münter loue une chambre seule au 58 rue Madame à Paris. Les collectionneurs Sarah et Michael Stein, mécènes de Matisse, habitent dans le même immeuble. |
| 1907 | Münter expose six peintures réalisées à Paris au Salon des Indépendants et six gravures de sujets parisiens au Salon d’automne. |
| 1908 | Münter se fixe à Munich. Première exposition personnelle au Kunstsalon Lenobel, une galerie de Cologne. |
| Juin 1908 | Münter découvre Murnau avec Kandinsky. Ils y passent la fin de l’été avec les artistes Alexej von Jawlensky (1864-1941) et Marianne von Werefkin (1860-1938). |
| 1908-1909 | Münter apprend la technique de la peinture sous verre auprès de Heinrich Rambold (1872-1953), l’un des derniers spécialistes de cet art, établi à Murnau. |
| 1909 | Création de la Nouvelle Association des Artistes de Munich par Münter, Kandinsky, Jawlensky et Werekfin et première exposition du groupe à la Galerie Thannhauser à Munich. |
| 1911 | Création du Cavalier Bleu et première exposition du groupe à la Galerie Thannhauser à Munich. Münter photographie l’accrochage. |
| 1912 | Publication de l’Almanach du Cavalier Bleu. |
| 1913 | Exposition personnelle de Münter à la Galerie Der Sturm à Berlin. L’exposition circule pendant un an à Munich, Francfort, Dresde, Stuttgart, Fürth et Wiesbaden. |
| 1914 | Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Kandinsky doit quitter précipitamment l’Allemagne. Münter et lui se rendent en Suisse. En septembre, décès d’August Macke. En novembre, Kandinsky retourne en Russie. |
| 1915 | Münter est à Berlin. Exposition personnelle à la Galerie der Sturm. En juillet, elle part en Suède. Münter et Kandinsky se retrouvent à Stockholm à la fin de l’année 1915. Ils ne se reverront plus ensuite. |
| 1915-1920 | Exil en Scandinavie. Münter vit successivement en Suède et au Danemark. |
| 1918 | Importante exposition personnelle à Copenhague avec plus de 130 œuvres. |
| 1926 | Münter commence à fréquenter l’école de peinture d’Arthur Segal (1875-1944) à Berlin. |
| 1927 | Münter rencontre le philosophe et historien de l’art Johannes Eichner (1886-1958) qui devient son compagnon. |
| 1929-1930 | Second séjour à Paris. Elle se réinscrit à l’Académie de la Grande Chaumière. |
| Mai 1938 | Promulgation de la loi sur la « confiscation des produits de l’art dégénéré ». Münter cache dans la cave de sa maison, à Murnau, ses propres peintures et sa collection d’œuvres de Kandinsky et d’autres artistes du Cavalier Bleu. |
| 1950 | Participe à la 25e Biennale de Venise. |
| 1955 | Participe à la première « documenta » de Cassel. |
| 1957 | Reçoit la médaille d’or d’honneur de la Ville de Munich et devient commandeure de l’ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne. À l’occasion de son 80e anniversaire, Münter fait don de très nombreuses œuvres des artistes du Cavalier Bleu et de son entourage au Lenbachhaus (Munich). |
| 1962 | Münter s’éteint le 19 mai dans sa maison de Murnau. |
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours. Dossier de presse
MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 2025
« Ce qui est expressif dans la réalité, je l’extrais, je le représente, simplement, sans détours, sans fioritures. Ainsi, […] les formes se rassemblent en contours, les couleurs en surfaces, il en résulte des esquisses du monde, des images. »
Gabriele Münter (1877-1962) compte parmi les femmes artistes les plus éminentes de l’expressionnisme allemand.
Artiste voyageuse, indépendante, habitée par la passion de la création, elle a suivi une vocation nourrie par la pratique du dessin dès son plus jeune âge. Afin de se libérer des contraintes des académies d’art traditionnelles, elle s’inscrivit en 1902 à l’école de la Phalanx à Munich. Elle y rencontra Vassily Kandinsky (1866-1944), dont elle fut la compagne jusqu’en 1916, participant à la fondation des cercles munichois d’avant-garde : la Nouvelle Association des artistes de Munich, en 1909 puis Le Cavalier bleu en 1911.
Le parcours chronologique commence par les photographies, prémices de sa carrière artistique. Témoignant de ses premiers voyages, aux États-Unis (1898-1900) et en Tunisie (1905), celles-ci sont d’une surprenante qualité visuelle et novatrice. Puis on découvre ses gravures, lors de son premier séjour parisien (1906-1907), marqué par la rencontre des avant-gardes, en particulier du fauvisme. Suivent les chefs d’œuvres de sa période expressionniste (1908-1914), correspondant à son activité au sein des avant-gardes munichoises. La section suivante évoque les intérêts de Münter pour les expressions vernaculaires et l’art des enfants. Un ensemble inédit de ses dessins ouvre sur son second séjour parisien (1929-1930), qui révèle son évolution stylistique, en lien avec les nouvelles tendances de la figuration. Le parcours se clôt avec quelques œuvres phares du milieu des années 1930 à la fin des années 1950, qui donnent un aperçu de la permanence et de l’intensité de l’engagement artistique de Gabriele Münter, le projet d’une vie, elle qui déclarait vouloir simplement peindre « sans détours ».
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025
[…] Longtemps, le cercle des pionniers du Blaue Reiter (Le Cavalier bleu en français) a été réduit aux figures de ses deux fondateurs Vassili Kandinsky et Frantz Marc. Mais plus qu’un duo de stars, il était composé, comme toutes les avant-gardes, d’une riche constellation de talents. Et Gabriele Münter ne fut pas des moindres… Son œuvre se se limite pas pour autant à cette décennie fondamentale, 1905-1914, où s’inventa l’abstraction : pendant soixante ans, elle ne cessa de créer. Toujours inventive, jamais figurante, elle s’est lancée dans la vie en femme indépendante dès son plus jeune âge.
Source : Gabriele Münter, l’expressionniste flamboyante enfin exposée dans une grand rétrospective à Paris / Emmanuelle Lequeux – Beaux-Arts, 4 avril 2025, p. 70-76 (Abonné.e.s)
« Gabriele Münter. Peindre sans détours » au MAM débute par une grande planisphère, car notre intention, explique Hélène Leroy, commissaire de l’exposition, est de montrer qu’elle a été une grande voyageuse, qu’elle a été active sur d’autres scènes géographiques que l’Allemagne. Certes, elle est connue en tant que peintre expressionniste allemande mais elle a peint ailleurs, et toutes ces scènes artistiques n’ont pas encore été explorées.
Une des choses amusantes dans ce qu’elle a dit d’elle-même est qu’aucun de ses ancêtres ne lui a transmis une prédisposition à l’art. Elle l’exprime avec une forme d’humour : « Je ne dois qu’à moi-même mon penchant précoce pour le dessin, encouragé aussi peu par ma famille que par l’école ».
Elle tourne cet état de fait en dérision, mais elle a quand même été soutenue par sa famille puisqu’elle a pu suivre sa voie. Elle était la petite dernière d’une famille aisée. On aurait pu chercher à la marier, à lui trouver une situation, mais on l’a laissée devenir une artiste. Notons que ses parents sont morts assez jeunes. A 20 ans, elle s’est retrouvée en position de décider de ce qu’elle pouvait faire de sa vie. Mais il est certain que son frère et sa sœur ne l’ont pas empêchée. Donc, d’une certaine manière, sa famille l’a soutenue.
Source : Audio. Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne – France Culture va plus loin le samedi, France Culture, 24 mai 2025, 19′
Kodak Girl
États-Unis
Profitant d’un long séjour (1898-1900) auprès de sa lointaine famille émigrée aux États-Unis, Münter réalise des centaines de prises de vue après avoir acheté un appareil photo dans une ville du Texas. Elle exploite avec virtuosité les diverses possibilités qu’offre ce medium encore récent. Alors peu influencé par un enseignement artistique précis, Münter suit ses propres goûts et intérêts, aiguisant ainsi sa vision. Ses futurs thèmes de prédilection émergent presque tous : le paysage, l’enfance, le travail et le portrait. Ces photographies, qui peuvent être considérées comme les premières œuvres de Münter, marquent le début de sa longue carrière.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025
Elle est née à Berlin, en 1877, de parents qui avaient vingt ans auparavant migré aux États-Unis et s’étaient mariés à Savannah, Tennessee. Revenus en Europe dès 1864, ils préservent des liens forts avec l’Amérique. Peu après leur mort, Gabriele est prise du désir de découvrir la terre où ils avaient un temps choisi de s’exiler. En septembre 1898, elle traverse l’océan avec sa sœur aînée, Emmy. Leur voyage durera deux ans. Parties de New York, les sœurs Münter arpentent le pays, jusqu’à rejoindre leur tante maternelle et sa progéniture. En chemin, elles s’arrêtent à Saint-Louis, Missouri, puis filent vers l’Arkansas et le Texas. C’est sur ces terres désolées qu’elles demeurent le plus longtemps, « dans des maisons sans plomberie ni confort. […] Mais la liberté dont nous jouissions dans cette nature sans limite était magnifique », décrira-t-elle. Dans ses carnets, l’artiste en devenir croque au fil des premiers mois tout ce qui attire son attention. Mais c’est bientôt un Kodak Bull’s Eye qui lui tient lieu d’aide-mémoire.
A cette époque, sur le Vieux Contient, la photographie est encore un loisir de luxe. Elle est bien plus accessible aux États-Unis, grâce aux premiers appareils portables inventés par George Eastman. Apparus dès 1888, ils sont légers, d’usage aisé. Voilà la jeune femme devenue l’une de ses « Kodak Girls » que le marketing promeut alors – où l’appareil photo comme outils de libération de la femme. « Kodak ne connaît pas de jours sombres », clame aussi la propagande de la marque en plein boom.
Autodidacte, Münter se permet toutes les libertés avec l’outil. Ses photographies de cette époque, elle les a toujours considérées comme l’œuvre d’une amatrice, rien de plus ; les souvenirs d’un voyage qui changea sa vie. « Mes photos sont toutes des moments de vie – des expériences visuelles instantanées, généralement saisies très rapidement et spontanément », déclarait-elle. Mais elle a déjà le savoir-faire d’une professionnelle, qui documente la vie de famille et le quotidien d’un pays en pleine révolution. « Pendant des décennies, les experts ont considéré ses photographies des États-Unis comme simplement anecdotiques, sans influence sur son art, rappelle Marta Ruiz del Árbol dans le catalogue de l’exposition « Gabriele Münter » présentée au musée Thyssen-Bornemisza de Madrid cet hiver. Elle sont exposées et publiées pour la première fois en 2006. C’est alors, seulement alors, que leur importance au sein de corpus artistique a été réévaluée. »
Gabriele Münter n’est pas, loin s’en faut, la seule peintre de ce temps à jouer du Kodak : Pierre Bonnard, Maurice Denis ou Édouard Vuillard l’ont précédée. « Cependant, contrairement aux Nabis qui appartenaient à la génération à la génération précédente et avaient des carrières établies quand ils se sont lancés dans la photographie, Gabriele Münter a découvert ce medium au tout début de sa carrière », précise Marta Ruiz del Árbol. Libre de tout préjugé académique, elle s’invente un regard à coups de « snapshots » (instantanés), et ses peintures à venir en porteront longtemps l’empreinte. L’un des facteurs, à n’en pas douter, de sa singularité : » Il n’y a pas d’exemples connus d’artistes pour qui la photographie ait joué un rôle aussi formateur. » Plus qu’un passe-temps, la photo lui permet d’échapper au destin de toute jeune femme de la classe moyenne allemande, qui se réduit aux trois K : Kinder, Küche, Kirche (enfant, cuisine, église).
Source : Gabriele Münter, l’expressionniste flamboyante enfin exposée dans une grand rétrospective à Paris / Emmanuelle Lequeux – Beaux-Arts, 4 avril 2025, p. 70-76 (Abonné.e.s)
L’exposition présente une vingtaine de photos qu’elle a réalisées aux États-Unis entre 1898 et 1899. Elle y séjourne à ce moment là avec sa sœur. Elle a fait un grand voyage de presque deux ans pour aller voir sa famille américaine. Sa mère était d’une famille allemande émigrée aux États-Unis. Gabriele Münter a eu l’opportunité de s’acheter un appareil photo, et elle a pris plus de 400 photographies qu’elle a réservées à l’époque à son entourage pour faire un album de souvenirs. Montrer ces photos, c’est inviter le public à rentrer dans son œuvre, à comprendre comment s’est forgé son regard d’artiste, puisque c’est au cours de ce voyage qu’elle prend la décision d’être une artiste. Dans ces clichés, on retrouve des références à de la peinture ancienne, certains tableaux de Vermeer, notamment une liseuse, ou à une composition d’un peintre impressionniste avec une femme à l’ombrelle. Et derrière ces références, il y a des jeux de cadrage assez étonnants et une certaine pratique de la « street photographie » qui, selon Hélène Leroy, va faire penser à beaucoup de visiteurs à la « street photographie » américaine des années 50, alors que nous sommes à la fin du 19ème siècle. Notons aussi que tous les thèmes picturaux de l’artiste, le paysage, les portraits, les natures mortes, ainsi que son intérêt pour le monde du travail et la personne humaine, sont déjà présents.
Source : Audio. Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
France Culture va plus loin le samedi, France Culture, 24 mai 2025, 19′

Kodak Bull’s Eye n° 2, modèle de 1898
Cet appareil est comparable à celui que Münter s’est acheté à Abilene, au Texas, fin février 1900, avec l’argent offert par sa sœur pour son anniversaire. Pesant à peine huit cents grammes, le Kodak Bull’s Eye n° 2 permettait de faire des prises de vue autant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Le temps d’exposition en intérieur était, selon la lumière, de deux à soixante secondes et, en extérieur, de moins d’une seconde.

Susie et Sullivan, Marshall, Texas, mai-juillet 1900

Trois femmes en habit du dimanche, Marshall, Texas, 19 juin 1900
Münter prend plusieurs photographies des festivités du Juneteenth (contraction des mots June et nineteenth, soit le 19 juin en anglais) qui célèbrent l’émancipation des esclaves afro-américains, et dont les premières manifestations eurent lieu au Texas, dès les années 1860. Tombé dans l’oubli au XXème siècle, le Juneteenth est devenu un jour férié nationale en 1921. Les clichés que Münter a pris de cet événement sont rares pour l’époque. Saisie d’un véritable enthousiasme photographique, au point de manquer de pellicules, l’artiste a capturé de nombreuses scènes de rue, parmi lesquelles figurent ces trois femmes fixées en plein mouvement, dans toute leur élégance.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Mrs Allen dans son séjour, Marshall, Texas, mai-juillet 1900
Tunisie
Au cours d’un voyage en Tunisie (fin 1904-1905), Münter et Kandinsky parcourent des lieux éloignés des circuits touristiques de l’époque. Ils travaillent beaucoup, côte à côte, sur le motif. Si Münter se plaît à broder des textiles d’après des esquisses de Kandinsky, elle réalise surtout près de 150 peintures et dessins, et prend environ 180 photographies. Il s’agit moins d’une expérience artistique que d’une confrontation à une culture autre dont elle fixe le quotidien, les gens dans la rue, des éléments d’architecture et de calligraphie. Ses peintures et photographies témoignent d’une vision originale qui échappe aux poncifs orientalistes.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025
Entre 1904 et 1908, Münter repart, aux côtés de Kandinsky, avec qui elle a entamé une relation et qui a quitté son épouse, pour un long voyage à travers l’Europe et le nord de l’Afrique, notamment à Tunis, où elle reste quelques mois. De passage à Paris en 1906, elle découvre les avant-gardes françaises, et expose à leurs côtés ses broderies de perle.
Source : Gabriele Münter, l’expressionniste flamboyante enfin exposée dans une grand rétrospective à Paris / Emmanuelle Lequeux – Beaux-Arts, 4 avril 2025, p. 70-76 (Abonné.e.s)

Porte du Ksar er-ribat, Sousse, mars 1905

Mer houleuse, 1905

Aloès, 1905
Premiers pas sur la scène parisienne
Au début du XXème siècle, Paris est l’épicentre de l’art moderne européen, où les artistes du monde entier se pressent. Münter y séjourne près d’une année, occasion pour elle de poursuivre sa formation et d’exposer pour la première fois de sa carrière. Elle dessine et peint d’après modèle vivant à l’Académie de la Grande-Chaumière, à Montparnasse. Elle approfondit sa pratique de la gravure réalisant de nombreuses estampes inspirées par son environnement quotidien. Elle visite des galeries d’art et des collections privées, en particulier celle de la famille Stein, des collectionneurs américains chez qui elle peut voir des œuvres de Gauguin, Bonnard, Cézanne et surtout Matisse. Ce séjour parisien aura une influence décisive sur sa manière de peindre, libérant sa touche et son usage de la couleur.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025
Elle sort du cadre avec ses photographies. Elle est à l’avant-garde. On passe la barrière du 20ème siècle. C’est un tournant pour Gabriele Münter. Elle va s’installer à Munich, s’inscrire à l’école d’art privée Phalanx, où elle va rencontrer Vassili Kandinsky qui va devenir son professeur et ensuite son compagnon. C’est là que débute véritablement sa carrière, puisqu’au début du 20ème siècle, Gabriele Münter et Vassili Kandinsky se rendent à Paris, et c’est ce premier voyage qui sculpte ce qu’elle devient. Pour Hélène Leroy, ce voyage est capital. En effet, Paris était un centre important pour l’art moderne et aussi la ville des avant-gardes. Elle va y faire la découverte du fauvisme qui va avoir un impact fondamental dans sa gestion de la couleur. Elle vient pour visiter évidemment, mais elle va pratiquer énormément la gravure. Elle n’en a pas réalisé beaucoup jusqu’à maintenant, mais à Paris elle va effectuer un quart de son œuvre gravée. Donc c’est un séjour où elle travaille, où elle va voir des collections privées très importantes et où, pour la première fois, elle va exposer. Elle y lance sa carrière en tant qu’artiste.
Kandinsky et elle vont vivre ensemble ce choc que représente ce séjour parisien. Il engendre entre eux émulation, compréhension et soutien mutuel. C’est ce que l’on ressent à la lecture de leur correspondance.
Ils arrivent tous deux pour exposer des objets d’art, des broderies de perles. Certains exemplaires de ces objets d’art, réalisés par Gabriele Münter d’après des maquettes de Kandinsky, sont présents dans l’exposition. Au début de leur passage à Paris, tous les deux sont dans l’univers de l’art total. Et durant ce voyage, ils vont faire les mêmes découvertes et rencontrer les mêmes artistes. Ce séjour va susciter chez Kandinsky une crise liée à beaucoup de facteurs, notamment à sa situation personnelle. C’est un artiste qui s’interroge sur son art et sur ce que doit être l’art moderne. Ce questionnement engendre un blocage et une période de séparation du couple. Il va se retirer en lui-même. Elle va réagir différemment. Elle va aller s’installer au cœur de la capitale, prendre une chambre dans le même immeuble que le couple de collectionneurs Sarah et Michael Stein, qui collectionnaient Matisse entre autres. Et elle va s’inscrire à la Grande-Chaumière. Elle va donc aller boire à la source, tandis que lui va prendre du recul sur sa propre production.
Source : Audio. Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne, France Culture va plus loin le samedi, France Culture, 24 mai 2025, 19′

Aurélie, 1906
A Paris, Münter pratique assidûment la linogravure. Cette technique très novatrice, dérivée de la gravure sur bois, est alors surtout employée dans les écoles d’art. Le linoléum permet un travail d’incision plus aisé et spontané, ce qui convient à une pratique expérimentale. A partir d’un sujet précisément dessiné, phase préparatoire lui permettant de simplifier ses motifs, d’en isoler les ombres et les contours qui vont alors ressortir encrés en noir, Münter compose parfois plusieurs tirages de différents coloris. Les quatre portraits d’Aurélie (la domestique de sa pension, rue Madame) forment ainsi une série dans laquelle chaque couleur vient faire varier le dynamisme expressif impulsé par le sourire du modèle.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025
Selon Hélène Leroy, certaines des gravures font penser à du Wharol, car Gabriele Münter joue des jeux de couleurs derrière un même motif. On retrouve ainsi le principe en sérigraphie que Wharol réalisera dans les années 60.
Source : Audio. Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne, France Culture va plus loin le samedi, France Culture, 24 mai 2025, 19′

Kandinsky, 1906

Mme Vernot avec Aurélie, 1906
Pendant l’année qu’elle passa à Paris en 1906-1907, Münter réalisa de nombreuses gravures. Elle portraiture ici la logeuse de la chambre qu’elle loua quelques mois au 58, rue Madame, dans le quartier de Montparnasse. Sarah et Michael Stein – le frère cadet de la poétesse Gertrude Stein – , également collectionneurs, vivaient dans le même immeuble. Le goût de l’expérimentation de l’artiste se révèle notamment dans les arrière-plans des portraits, traités à chaque fois différemment. Dans cette gravure, on aperçoit Aurélie, la domestique de Mme Vernot, affairée dans la cuisine.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Kandinsky à l’harmonium, 1907

Parc en automne, 1906

Portail de jardin à Sèvres, vers 1906

Vue par la fenêtre à Sèvres, 1906
Dans cette peinture, l’une des plus importantes réalisées lors de son séjour parisien, Münter donne au spectateur la sensation d’embrasser le paysage urbain qui remonte jusqu’à la colline de Saint-Cloud, à peine contrariée par la silhouette d’un arbre que l’hiver a dépouillé de son feuillage et qui se détache au premier plan. Cet élément, qui agit comme un léger obstacle à la vision tout en faisant office de point de repère, revient régulièrement dans ses compositions, en particulier dans ses photographies. Cette œuvre figure au Salon des indépendants de 1907, où Münter expose sous son nom pour la première fois de sa carrière.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Tête d’homme, Paris, 1906
Gabriele Münter a sans doute peint cette tête d’homme à la Grande Chaumière. On voit les premières influences fauves dans l’œil de l’artiste, avec des couleurs très vives sur le visage, sur la barbe rousse. Influences que l’on va sans cesse retrouver.
Source : Audio. Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne, France Culture va plus loin le samedi, France Culture, 24 mai 2025, 19′

Vase rouge, 1909
Portraits munichois
A partir de l’été 1908, Münter vit et travaille dans le quartier bohème de Schwabing, à Munich. Elle peint alors de nombreux portraits de personnes de son entourage, et les habitants de son immeuble. Celui du propriétaire, Monsieur Miller, est un portrait très personnel, voire intimiste, dont la force d’expression se voit accentuée par les ombres bleues et vertes qui parsèment son visage. Elle portraiture également Mademoiselle Mathilde, qui travaillait comme domestique chez sa sœur, ainsi que les enfants de ses voisins, dont le petit Wilhem Blab, surnommé Willi.
Dans cette série de portraits, Münter recourt à des moyens stylistiques nouveaux qu’elle expérimente depuis son séjour à Paris. Elle utilise une palette de couleurs très vives, qui ne correspondent pas aux teintes naturelles de la peau. On y décèle l’influence l’influence des peintres « fauves » français, ainsi que sont qualifiés Matisse, Delaunay, Derain et d’autres pour leur emploi de couleurs criardes, contre nature, qui font scandale. Cette audace picturale résonne étroitement avec les aspirations des artistes expressionnistes allemands, qui cherchent à traduire un état d’esprit intérieur, ou un sentiment, par le jeu des tonalités colorées et un trait acerbe. En mêlant formes simplifiées et couleurs chatoyantes, Münter entend dépasser la réalité pour privilégier ce qu’elle perçoit, et n’est pas nécessairement visible.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025
Installée à Munich en 1901, elle s’initie à la peinture à la Phalanx Schule. Vassily Kandinsky y officie comme professeur. Durant les étés 1902 et 1903, il organise pour ses élèves des expositions de peinture. Leurs premières évasions loin de la cité qu’ils jugent corruptrice et corrompue… Clarté et audace de la composition, refus des fioritures, cadrages décalés : les premières toiles que Münter produit alors rappellent ses photographies américaines de paysages, de vues urbaines et d’intérieurs. Dans Nature morte dans le tramway, par exemple, elle dépeint une femme assise, chargée de livres et d’un pot de géranium. Son visage n’apparaît pas, seuls son buste, ses mains, ses objets. La photographie lui a appris à capturer l’instant. « Avec leur aura de véracité et de spontanéité, ses instantanés lui ont fourni un nouvel imaginaire, qui a donné naissance à une toute nouvelle iconographie de la vie quotidienne, expression d’une conscience moderne de la vie », écrit Marta Ruiz del Árbol.
Source : Gabriele Münter, l’expressionniste flamboyante enfin exposée dans une grand rétrospective à Paris / Emmanuelle Lequeux – Beaux-Arts, 4 avril 2025, p. 70-76 (Abonné.e.s)

M. Miller, propriétaire du 19 AdalbertStraße, Munich, 1908

Tête de femme, Munich, 1908

Portrait de garçonnet [Willi Blab], vers 1908-1909

La Petite Dietrich, 1908

Mlle Mathilde au châle bleu, vers 1908-1909

Mlle Mathilde, vers 1908-1909


Petit nécessaire à couture : Dame en robe à crinoline
(d’après un dessin de Kandinsky), 1905
Munich, Murnau et le Blaue Reiter
En 1909, Münter acquiert une maison à Murnau, village situé à une heure de train de Munich, au pied des Préalpes bavaroises et au bord du lac Staffel. Ce site l’enthousiasme, par sa diversité de motifs – les maisons aux façades colorées, le lac, les marais, les montagnes – qui l’inspirent continuellement. Au même moment, elle participe activement au renouveau de l’art à Munich : elle est membre fondatrice de la Nouvelle Association des artistes de Munich et, en 1911, du Cavalier bleu, aux côtés de Kandinsky, Franz Marc, August Macke et Paul Klee, entre autres. Cette période est marquée par le travail collaboratif au sein de ce cercle d’artistes que réunit une même fascination spirituelle pour le paysage et la nature. Münter participe aux expositions du groupe et à l’édition du célèbre Almanach, ouvrage théorique et programmatique qui pose les bases d’une nouvelle avant-garde internationale et pluridisciplinaire. Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025
Mais c’est à l’été 1908 que s’opère pour elle un tournant fondamental. En compagnie du peintre de son cœur, elle découvre le village de Murnau am Staffelsee, au pied des Préalpes bavaroises. Envoûtée par les paysages alentour, elle y acquiert bientôt une maison : « Nulle part, je n’avais vu en un seul site une telle abondance de panoramas, du lac aux hautes montagnes, des collines aux berges moussues. C’est alors se souvient-elle, qu’elle a fait « un grand bond en avant : auparavant, je copiais la nature, dans un style plus ou moins impressionniste ». Désormais, elle s’attache à « ressentir le contenu des choses, à en extraire, en abstraire l’essentiel ». Ses lignes se précisent, ses couleurs s’intensifient. Mais au-delà de son coup de pinceau, c’est toute sa vie qui prend un nouveau tour. Avec les peintres Maria von Werefkind et Alexej von Jawlensky, couple d’amis qui les a rejoints, Kandinsky et elle rêvent cette immersion dans la nature comme une révolution, dans la ligne de la pensée de la Lebensreform qui emporte alors la bohème allemande et de Suisse. A leurs yeux, ce retour à l’ »état originel » est la condition préalable à la création d’un art « authentique ». Murnau, c’est comme une version miniature de Monte Verità, cette utopie suisse des collines d’Ascona où artistes, poètes et anarchistes réinventent alors le monde. Dépourvue d’électricité, la demeure de Münter est ornée du mobilier d’inspiration folklorique que le duo conçoit sur mesure. Revêtus de costumes campagnards ou traditionnels, ils y accueillent peintres, musiciens, compositeurs, collectionneurs et critiques d’art.
Nourri de folklore russe, le quatuor se passionne aussi pour l’art populaire bavarois, une façon de ressourcer son regard. A Murnau, ils découvrent une collection de plus de 1000 peintures sous verre réalisées par le maître brasseur Johann Krötz. « Enchantée par tant de beauté », Münter s’initie à cette technique du fixé sous verre auprès d’un maître local et incite ardemment Kandinsky à faire de même. Simplification des lignes, expressivité de la couleur, l’impact se lit sur leurs œuvres à tous deux.
Mais bientôt, trop de querelles, trop d’ego, le Blaue Reiter fait long feu. Célébré comme un groupe des plus masculins, il est aujourd’hui réexaminé par les historiens, et la place qu’y a tenue Münter est enfin considérée. « Son œuvre a longtemps été jugée inférieure à celle de Kandinsky, le surhumain, l’Überartist, souligne l’historienne de l’art Anna Storm. Sous l’étiquette d’ »art féminin », elle a été systématiquement reléguée au second plan. Pourtant le rôle joué par Münter était très significatif et son développement artistique personnel entre les années 1908 et 1914 a été incontestablement remarquable. »
Source : Gabriele Münter, l’expressionniste flamboyante enfin exposée dans une grand rétrospective à Paris / Emmanuelle Lequeux – Beaux-Arts, 4 avril 2025, p. 70-76 (Abonné.e.s)
Au-delà de la beauté des paysages, du folklore et de l’art local, les habitants de Murnau sont au centre de l’œuvre de Gabriele Münter. En effet, ils vont régulièrement lui servir de modèles. On dénote dans certains de ses paysages et portraits l’influence de Van Gogh. Par ailleurs, les couleurs très vives et la pratique du cerné noir font penser à la technique du vitrail et au cloisonnisme des symbolistes. Elle connaît l’œuvre de Gauguin.
Source : Audio. Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne, France Culture va plus loin le samedi, France Culture, 24 mai 2025, 19′

Mme Olga von Hartmann, vers 1910
Le couple russe Olga et Thomas Hartmann vécut à Munich de 1908 à 1912. Le musicien Thomas von Hartmann était un ami proche de Kandinsky. Il écrivit la musique pour la composition scénique de ce dernier, intitulée La Sonorité jaune et parue dans l’Almanach du Cavalier bleu. Chanteuse d’opéra de formation, Olga von Hartmann semble s’être vouée à la carrière de son mari plus qu’à la sienne. Elle fut un modèle privilégié pour Münter, qui la peignit et la photographia à plusieurs reprises. Ce portrait sans fioritures présente une grande simplicité de formes.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Route bordée d’arbres devant la montagne, 1909

Habitante de Murnau [Rosalie Leiss], 1909

Nature morte au fauteuil, 1909

Portrait de Marianne von Werefkin, 1909
Münter fait poser Marianne von Werefkin devant le soubassement jaune de la maison qu’elle vient alors d’acquérir, en août 1909, à Murnau. Elle la représente coiffée d’un grand chapeau à fleurs lui projetant des ombres colorées sur le visage, le buste réduit à un imposant triangle blanc cerné d’une écharpe rose. Les couleurs audacieuses de ce portrait rappellent les portraits peints par Matisse à la même époque, notamment Femme au chapeau (1905), que Münter a pu voir chez Gertrude Stein. Son langage pictural est cependant plus radical, par l’emploi d’une stylisation des formes plus accentuée.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025
La partie presque abstraite laissée à l’épaule et à la manche, qui vient au premier plan comme un immense triangle blanc, évoque à Hélène Leroy le portrait d’un jeune homme de Titien, avec une manche bleue exposé à la National Gallery de Londres. Pour la commissaire de l’exposition au MAM, cela sous-entend que Gabriele Münter connaît l’histoire de la peinture.
Source : Audio. Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne, France Culture va plus loin le samedi, France Culture, 24 mai 2025, 19′

A l’écoute [portrait de Jawlensky], 1909

Nature morte dans le tramway, vers 1909-1912
Cette peinture a été inspirée à Münter par une femme assise avec ses achats devant elle dans un tramway. L’artiste choisit de ne peindre que le tronc de la femme, fixant l’attention sur les emplettes de cette dernière, et transforme ainsi la scène en une nature morte. Münter fait preuve de créativité avec cette composition d’une grande modernité, au sein de laquelle elle prend la liberté de ne pas représenter la tête du sujet peint. Son goût pour le fragment plutôt que pour une vue d’ensemble prend sa source dans la technique de la photographie.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

A salon, 1911
Deux femmes discutent devant un papier peint ou une tapisserie, dont les couleurs et les motifs chatoyants viennent animer le fond de la scène d’ondulations obliques. Une petite fille coiffée d’un nœud rouge est représentée de dos. Le spectateur ne voit que l’arrière de sa tête, comme s’il était derrière elle. Cette perspective donne l’étonnante sensation d’assister à la conversation. La fusion de la scène et du décor rappelle les peintures intimistes de Bonnard ou Vuillard, mais aussi les intérieurs et ateliers de Matisse peints la même année.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Nature morte en gris, 1909

Rue de village en hiver, 1911

Rue de village bleue, 1911

Étude abstraite avec une maison, vers 1910-1912

Paysage avec cabane au couchant, 1908
Ce paysage est caractéristique du langage pictural que Münter met au point durant son premier séjour à Murnau, à l’été 1908 : l’utilisation de couleurs s’éloignant de la réalité, et une grande simplification des formes. Les collines bleues se détachent devant un ciel rose de crépuscule, les derniers rayons du soleil font rougeoyer les petites meules de foin qui parsèment les champs. Par ces moyens stylistiques, l’artiste cherche à augmenter la force d’expression d’une scène et à rendre ce qu’elle en appelle « l’essence ».
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

La Maison jaune, 1911

Nuages du soir, vers 1909-1910

Intérieur à Murnau, vers 1910
La vie privée de Münter est le sujet de cette peinture qui n’est pas sans rappeler la célèbre chambre de Van Gogh. Comme si elle prenait une photographie, l’artiste montre une pièce décorée de meubles peints par elle et Kandinsky. Parmi les nombreux objets que l’on peut distinguer, on remarque particulièrement des sandales et des chaussures à talon posées sur le sol. Le tapis au centre de la composition guide le regard du spectateur vers une autre pièce située à gauche, où l’on peut voir Kandinsky en train de lire, allongé sur un lit.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Nature morte au miroir, 1913

Nature morte aux vases, bouteilles et branches de sorbier, vers 1908-1909

Nature morte aux œufs de Pâques, 1914
Dans cette composition, Münter fait un usage étonnant de la vue en plongée (un emprunt au cadrage photographique d’une très grande originalité à l’époque), en représentant une nature morte vue du dessus. Les objets sont disposés sur une nappe ou un plateau de couleur blanche qui se détache sur un fond sombre (le sol ou bien une table de bois). Ils semblent ainsi dans une position instable. Münter exposa fréquemment cette nature morte, notamment à la Biennale de Venise de 1950, où elle présenta également un paysage et une scène d’intérieur avec Paul Klee.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Combat du dragon, 1913
Cette peinture s’inspire d’une sculpture populaire russe, dont la reproduction figurait dans l’Almanach du Cavalier bleu, et représentant le combat de saint Georges à cheval contre le dragon, sous la forme d’une hydre (monstre à plusieurs têtes). Münter transpose cette lutte légendaire du Bien contre le mal en la vision d’une scène sanglante, ancrée dans un arrière-plan paysager. Elle l’anime au moyen d’une touche mouvementée, très expressive, et de coloris contrastés. Peut-être illustre-t-elle ainsi symboliquement la lutte des artistes du Cavalier bleu pour la défense de leur art novateur dans l’environnement hostile et incompréhensif de l’époque, ou bien la philosophie qui les anime dans la défense du spirituel contre le matériel.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025
Retour aux sources : intérêt pour l’enfance et l’art vernaculaire
Les artistes du Cavalier Bleu considèrent l’art populaire et les dessins d’enfants comme des expressions originales et authentiques à même de ressourcer l’art moderne. Münter collectionne les objets traditionnels et vernaculaires tels que les fixés sous-verre du sud de la Bavière, dont elle apprend la technique pour la réinterpréter avec ses propres motifs, et les statuettes de dévotion. Plusieurs de ces artefacts deviennent les sujets de natures mortes originales. Au fil des ans, Münter constitue par ailleurs avec Kandinsky une collection de plus de 250 dessins d’enfants. Certains d’entre eux sont reproduits dans l’Almanach du Cavalier Bleu. Münter copie et réinterprète quelques-unes de ces créations enfantines, selon un processus de désapprentissage et de renouvellement de sa pratique artistique.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025
L’aventure du Cavalier bleu n’a pas duré très longtemps, de 1912 jusqu’au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Gabriele Münter va s’inscrire dans un cercle masculin dont Kandinsky et Klee sont les théoriciens. Tous les artistes qui gravitent dans ce mouvement ont les mêmes préoccupations, et sont passionnés de discussions. Mais si Kandinsky et Klee ont besoin d’énoncer une théorie, Gabriele Münter, elle, dira que, dans cette période très intense, son affaire c’était plutôt de peindre que de parler.
Pour autant, elle a beaucoup participé à ces discussions, à ces recherches, parce qu’elle a partagé les mêmes intérêts que la plupart des autres artistes, notamment pour les dessins d’enfants. On sait qu’elle en collectionnait avec Kandinsky. Elle, néanmoins, ira même jusqu’à les copier. Copier des dessins d’enfants est un geste d’une humilité incroyable pour une artiste formée à l’Académie. Dans la formation des artistes classiques, on copie les maîtres. Prônant un retour à d’autres sources, les membres du Cavalier bleu et Gabriele Münter, en particulier, va copier des enfants.
On le ressent dans sa manière de peindre les personnages, de simplifier parfois. Il y a juste deux points bleus à la place des yeux dans le portrait de Jawlensky, un portrait un peu comique, et puis une libération dans la couleur, un visage tout rose, rose vif comme un bonbon. Dans la peinture montrant une rue de Murnau, une rue de village en hiver, on a l’impression que la peinture est en train de tourner, que les maisons vont flotter. Il n’y a pas vraiment de perspective et de murs droits. Pour Hélène Leroy, il s’agit
de la manière dont l’artiste transfigure la réalité. Selon elle, dire que l’art de Münter est enfantin est réducteur de la capacité dont son regard arrive à synthétiser. Mais, la commissaire de l’exposition admet qu’il y a une libération de la réalité qu’on retrouve assez souvent dans l’art des enfants.
Source : Audio. Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne, France Culture va plus loin le samedi, France Culture, 24 mai 2025, 19′

Autoportrait, vers 1909-1910

Portrait de femme, dessin d’enfant (Elfriede Schroeter), vers 1913

Nature morte, dessin d’enfant (Elfriede Schroeter), vers 1913

Au salon, 1913

Maison (d’après un dessin d’enfant), 1914
L’intérêt de Münter pour l’art des enfants est ancien, mais en 1914, elle franchit une étape en copiant des dessins d’enfants de sa collection. C’est le cas avec cette peinture qui reproduit la maison et le paysage dessinés par un garçon dénommé Robert, accroché juste à côté. Par ce processus de copie, l’artiste, âgée de 37 ans, tente de s’approprier le langage pictural des enfants, ou du moins de s’en rapprocher, « à la recherche des racines de la créativité ». Animée par le besoin constant de nourrir et de renouveler sa pratique artistique, elle puise ainsi à toutes les sources de l’art moderne.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Paysage avec maison (d’après un dessin d’enfant), 1914

Dessin d’enfant (Robert), non daté
Dessin d’enfant (Jakob), non daté

Fillette aux tresses, 1909

Mère avec un enfant endormi, 1934

Enfant endormi (vert sur noir), 1934
Fillette endormie (marron, bleu), 1934
Ces œuvres illustrent la constance du travail en série dans la production de Münter. Le sujet est inspiré par l’observation d’une fillette endormie sur la banquette d’un compartiment de train, dont le motif apparaît dans plusieurs pages d’un carnet, en 1930. Il resurgit dans ces deux peintures quelques années plus tard, et fait écho à d’autres œuvres représentant des enfants endormis dans les bras de leur mère. L’épais cerne noir séparant des plages de couleur aux tonalités douces caractérise de nombreuses œuvres réalisées par l’artiste à partir de cette époque.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Nature morte au saint Georges, 1911
Münter ne se limite pas à un style mais adapte son langage pictural à chaque sujet. Dans les natures mortes inspirées par sa collection d’art populaire, elle renonce aux larges aplats de couleurs vives qui caractérisent ses œuvres peintes à Murnau, en faveur de de peintures aux fonds plus sombres, d’où les fixés sous verre colorés se détachent. Il est souvent difficile d’identifier les objets, qui semblent autant de personnages au sein d’un univers mystérieux créé par l’artiste. Ici, la peinture sur verre inversé, représentant le saint patron à cheval, semble flotter et s’animer dans un espace indéfini, seul point lumineux, en haut à gauche de la composition.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Portrait d’enfant [Iwan], 1916
Iwan était le fils du couple d’artistes suédois Sigrid Hjertén et Isaac Grünewald, dont Münter avait fait la connaissance à Stockholm en 1915, sans doute par l’intermédiaire du galeriste berlinois Herwarth Walden. Grâce à eux, elle intégra rapidement la scène artistique de l’avant-garde suédoise. Tous deux avaient été élèves de l’académie fondée par Matisse à Paris. Pendant ses années scandinaves, l’intérêt de Münter se porte davantage sur la figure humaine, qu’elle représente sous forme de portraits ou dans des scènes d’intérieur.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Nature morte avec figure [Mme Simonovich], 1910
Münter fait poser la peintre russe Nina Simonovich-Efimova à côté de sa « table aux madones ». Elle installait les statuettes de sa collection d’art populaire sur cette table, que surplombait un mur auquel étaient accrochés des fixés sous verre (ou peinture sur verre inversé) traditionnels, dont on distingue ici des fragments. Une tension semble régner entre le portrait à droite, et la nature morte, à gauche, dont on dirait qu’elle repousse la figure vers l’extérieur de la composition. Quelques mois plus tard, Münter réalisa une seconde version plus stylisée de cette scène. Le travail en série est une particularité récurrente de l’ensemble de son œuvre.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Nature morte Pentecôte II, 1934
Berlin, Paris, les années 20 : une nouvelle figuration
Entre 1915 et 1920, Gabriele réside en Scandinavie, où elle a été accueillie comme une représentante importante de l’avant-garde internationale. A son retour en Allemagne, après cet exil, elle doit pourtant repartir de zéro. Elle adopte un langage visuel inspiré d’une nouvelle tendance de la figuration, désignée sous le nom de « Nouvelle Objectivité » : dans sa peinture aux tonalités plus retenues, la figure humaine tient un rôle essentiel.
Parallèlement, le dessin qui, dès ses débuts, fut pour Münter une technique de prédilection, devient son principal moyen d’expression, en cette période où l’artiste dispose rarement d’un atelier. Ses dessins se caractérisent par une grande économie de moyens : une physionomie, une posture est fixée en quelques lignes. Münter s’attache tout particulièrement à faire le portrait des femmes libres et émancipées qu’elle fréquente à Berlin et à Paris, où elle revient plusieurs mois en 1929 et 1930.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025
Le déclenchement de la Première Guerre mondiale pousse Gabriele Münter à fuir Murnau et l’Allemagne. Elle s’exile en Scandinavie, tandis que Kandinsky retourne en Russie, où il se remarie en 1917. A son retour en 1920, une vie nomade attend l’artiste désormais solitaire. Elle passe d’une pension à l’autre, privée d’atelier, dessine essentiellement dans ses carnets. C’est alors que réapparaît dans son œuvre la figure humaine, qui avait un temps disparu.
Source : Gabriele Münter, l’expressionniste flamboyante enfin exposée dans une grand rétrospective à Paris / Emmanuelle Lequeux – Beaux-Arts, 4 avril 2025, p. 70-76 (Abonné.e.s)
Obligée de recommencer tout à zéro sur la scène artistique allemande, elle travaille énormément pour retrouver des galeries. Elle dessine, et cette série de dessins exposée, quasiment inédite, permet de constater son immersion dans les années folles berlinoises, la maîtrise de son geste, et aussi le style vers lequel elle évolue : la nouvelle objectivité en Allemagne, et le retour à l’ordre en France où les artistes se concentrent sur la réalité des êtres et des choses. Les femmes sont très présentes dans les dessins de Gabriele Münter, des journalistes, des poétesses, des femmes qui travaillent, Die Neue Frau, la femme nouvelle en Allemagne, le pendant de la garçonne en France. Des femmes que l’on retrouve dans les peintures réalisées à Paris où elle revient en 1929-1930. Un retour dans la capitale française qui se révèle important pour elle.
Très sensible à cette nouvelle objectivité, ses contours sont plus adoucis, le cerné noir a disparu de certaines de ses peintures. Et pour autant, on voit que ce n’est pas exclusif, parce que, souvent, elle revient à sa période expressionniste, aux cernes, aux couleurs très vives. Donc elle profite de l’opportunité qu’elle a de puiser dans une palette de différents styles comme dans un vocabulaire. Et bien que l’exposition soit chronologique, on pourrait prendre les œuvres des années 50 pour des œuvres des années 10. C’est notamment le cas de la Nature morte devant « La maison jaune » où l’on retrouve La maison jaune de 1911 dans les années 50. Elle puise et reprend son répertoire. Cependant, elle va rentrer dans des thématiques un peu plus profondes. Elle va explorer les paysages de Murnau jusqu’à la fin de sa vie, dans une sorte de production en série.
Source : Audio. Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne, France Culture va plus loin le samedi, France Culture, 24 mai 2025, 19′

Trois jeunes filles, 8 septembre 1927

Avec une cigarette, vers 1930
Fumeuse, vers 1930

La distinguée (La poétesse G. v. B.), vers 1925-1930

La Poétesse E. K. [Eleonora Kalkowska], vers 1926-1927

Femme assise avec cigarette [Sylvia von Harden], vers 1928

La Poétesse E. K. [Eleonora Kalkowska] lisant, vers 1926-1927

Jeune femme aux mi-bas, vers 1925-1930

Villa les Fleurettes (Paris), vers 1929-1930

Échafaudage, 1930

Nocturne par la fenêtre. Auteuil de nuit, 1929

Autoportrait, vers 1921

Nature morte à la bouteille, 1930

Joueurs de dés, 1930

Nature morte aux couverts rouges, 1930
Münter peint cette nature morte lors de son second séjour à Paris. Elle en explique la genèse dans une lettre adressée à son conjoint Johannes Eichner : « Hier soir, je voulais écrire des cartes et des lettres, comme j’avais prévu de le faire depuis longtemps – me mettre à la couture aurait été tout aussi bien – mais j’ai peint à la place une nature morte que j’ai vue en débarrassant la table. Des couverts à salade rouge dans le bol blanc (et un citron) avec des ombres portées. » La vue rapprochée sur ce coin de table, avec le saladier et le fragment d’un dossier de chaise à l’arrière-plan, rappelle un zoom photographique.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Chemin noir, Meudon, 20 août 1930

Auditrices, vers 1925-1930

Sténographie. Suissesse en pyjama, 1929
Comme l’indique le titre qu’elle a donné à cette œuvre phare de son second séjour parisien, Münter figure une sténographe, vêtue de pantalons légers à la mode, en train de travailler à la prise de notes. La composition évacue tout élément de contextualisation, sans aucun effet de perspective, le point focal du tableau étant situé sur le geste d’écriture. L’accent mis sur la profession et l’activité du modèle, et la grande frontalité de cette œuvre, en font davantage un emblème qu’un portrait. Münter témoigne, à sa manière, des mutations culturelles de l’époque reflétant l’émancipation des femmes par le travail, autour de la construction de l’archétype de la «femme nouvelle» (Neue Frau). en Allemagne, ou de la garçonne, en France.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

La Lettre, 1930

Loulou Albert, 1929
Lou Albert-Lasard (1885-1969) est une peintre franco-allemande formée à Munich au début du XXe siècle et proche des milieux artistiques et littéraires, en particulier du poète Rainer Maria Rilke. Münter l’a sans doute fréquentée successivement à Munich, entre 1904 et 1910, et à Berlin, au milieu des années 1920, avant l’installation d’Albert-Lasard à Paris, en 1928. L’artiste l’a peinte à plusieurs reprises lors de son séjour parisien, puisque c’est également Lou Albert-Lasard qui apparaît alitée dans La Lettre, accrochée à côté de ce portrait.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025
Une nouvelle vie à Murnau
En 1931, Münter s’installe définitivement à Murnau. C’est le début d’une période d’intense création. Les rues de ce village pittoresque et les paysages alentour constituent les motifs principaux d’œuvres dans lesquelles elle renoue avec sa propre tradition expressionniste. Sous le IIIe Reich, elle réduit ses apparitions publiques sans pour autant cesser de travailler, même si son compagnon, l’historien de l’art Johannes Eichner, lui enjoint d’assagir sa touche et de veiller au choix de ses sujets. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’art de Münter est progressivement redécouvert et son importance, réaffirmée. Un épais cerne noir séparant des aplats de couleur aux tonalités douces caractérise nombre de ses peintures à partir du milieu des années 1930. On y distingue moins les traces de pinceau, et le principe de la reprise en série évacue le contexte du sujet représenté. La radicalité formelle de ces images autonomes, très synthétiques, met à distance les catégories traditionnelles du portrait, du paysage et de la nature morte.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025
L’arrivée au pouvoir du nazisme la contraint à la plus grande discrétion : tout l’expressionnisme allemand est dénoncé par le IIIème Reich comme « art dégénéré ». Münter continue à peindre mais expose peu, restant en retrait du système officiel de l’art. Quant aux œuvres abstraites de Kandinsky qu’elle possédait, elle les a préservées de la rage d’Hitler, en les cachant dans sa cave.
Source : Gabriele Münter, l’expressionniste flamboyante enfin exposée dans une grand rétrospective à Paris / Emmanuelle Lequeux – Beaux-Arts, 4 avril 2025, p. 70-76 (Abonné.e.s)
Sous le IIIème Reich, elle a continué de travailler. Elle vivait en Bavière, une région très favorable au régime nazi. Elle représente la croix gammée, mais discrètement. On voit un drapeau nazi qu’elle peint sans le mettre plus que ça en avant. Selon Hélène Leroy, c’est peut-être une manière de résumer son attitude. Gabriele Münter a eu la chance de ne pas avoir d’œuvres considérées comme dégénérées, ces dernières étant absentes des collections publiques allemandes. Dans les années 30, son style est tellement expressionniste que la peintre aurait pu être taxée de dégénérée à la moindre occasion. L’historien d’art Johannes Eichner, son compagnon, lui disait : « Il faut que tu fasses des choses plus douces ». Il a même été jusqu’à retoucher des œuvres de Münter, ce qui ne lui a pas plu du tout. Elle a donc continué à peindre de sa propre manière.
Elle a aussi caché certaines œuvres chez elle à Murnau. Quand les décrets sur les œuvres d’art dégénérées sont parus en 1938, elle a décidé de cacher dans sa cave toutes les œuvres abstraites qu’elle possédait de Kandinsky, ainsi que celles d’autres artistes du Cavalier bleu dont elle savait pertinemment qu’elles étaient classées dégénérées. Elle aurait pu essayer de les brûler. Elle ne savait pas en 1938 si le régime allait perdurer. Après la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il y avait un véritable marché sur cette période, elle ne les a pas vendues. A la fin de sa vie, elle les a offertes à la ville de Munich.
Source : Audio. Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne, France Culture va plus loin le samedi, France Culture, 24 mai 2025, 19′

Autoportrait, 1935

La Maison de Münter à Murnau, 1931

Nature morte devant « La maison jaune », 1953
Münter superpose ici différentes réalités et temporalités. Au premier plan, elle a peint une nature morte (fleurs et fruits sur une table ronde) dans le style récurrent de ses peintures depuis les années 1930 : une très grande simplification des formes, un cerne noir délimitant des zones de couleurs primaires avec peu de touches de pinceau apparentes. L’arrière-plan reproduit l’une de ses peintures de 1911, La Maison jaune, accrochée dans la section dédiée au Blaue Reiter. Le cadrage rapproché donne l’étrange sensation que cette peinture devient un vrai paysage hivernal, fusionné en une nature morte printanière.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Le Lac bleu, 1954

Le Lac gris, 1932

Route menant aux montagnes, 1936

Vue sur les montagnes, 1934

Dr Hanna Stirnemann, 1934
Münter réalisa ce portrait de Hanna Stirnemann lors d’une visite de celle-ci à Murnau, ou peu après. Les montagnes bleues en arrière-plan sont une évocation du paysage typique des environs de ce village du sud de la Bavière. Hanna Stirnemann était devenue la première femme directrice de musée en Allemagne, après avoir pris la direction du musée municipal de léna, en 1930. Celui-ci fut l’une des sept étapes de l’exposition itinérante «Gabriele Münter. 50 peintures des 25 dernières années (1908-1933) », en 1934.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Petit-déjeuner des oiseaux, 10 mars 1934
Cette œuvre nous fait pénétrer dans l’intériorité de l’artiste, dont elle constitue une sorte d’autoportrait symbolique à l’aube de la soixantaine. Le spectateur peut en effet s’identifier à la figure de dos qui occupe le premier plan de la composition, comme s’il était lui-même assis à la table de Münter et observait, avec elle, les oiseaux dans les arbres du jardin à travers la fenêtre de sa maison, à Murnau. Les deux rideaux rouges semblent encadrer la peinture plus que la fenêtre, ce qui donne un aspect solennel à ce souvenir d’un jour d’hiver.
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025

Rue principale de Murnau avec attelage, 1933

Pelle mécanique, 1935
L’excavatrice bleue, 1935
Münter a toujours représenté le monde du travail, depuis ses photographies américaines. De 1935 à 1937, elle peint, dessine et photographie à de nombreuses reprises les travaux de construction de la route et de la ligne de chemin de fer mis en œuvre pour les Jeux olympiques de 1936 à Garmisch-Partenkirchen. À la demande d’une marchande d’art, elle enverra les deux études ci-contre à une exposition intitulée « Les routes d’Adolf Hitler dans l’art », sujet hautement compatible avec la propagande officielle. Cependant, les petits personnages de La Pelle mécanique sont loin de la représentation « surhumaine » des travailleurs allemands prônée par les nazis. Münter associe d’ailleurs symboliquement le motif de l’excavatrice, autour duquel elle articule une série de douze peintures, à un « monstre qui dévore et abandonne ».
Source : Gabriele Münter. Peindre sans détours, MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 4 avril – 25 août 2025
En savoir plus
Gabriele Münter
AWARE
Gabriele Münter
Wikipédia
MÜNTER GABRIELE
Encyclopédie Universalis (Abonné.e.s)
Gabriele Münter. Peindre sans détours. Dossier de presse
MAM, Musée d’Art Moderne de Paris, 2025
Vidéo. Qui était Gabriele Münter, peintre oubliée du Blaue Reiter, révélée dans une expo à Paris ?
Florelle Guillaume et Catherine Aventurier
Beaux-Arts, 19 juin 2025, 10’15
Vidéo. La Bavière polychrome de Gabriele Münter
Arte, Invitation au voyage, 2025
Audio. Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
France Culture va plus loin le samedi, France Culture, 24 mai 2025, 19′
Vidéo.¿Por qué Gabriele Münter en el Museo Thyssen?, con Marta Ruiz del Árbol
Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Youtube, mai 2025, 55’18
Gabriel Münter. Peindre sans détrours
Collectif
Musée d’Art Moderne de paris, Catalogues d’expositions, avril 2025, 250 p.
Gabriele Münter, l’expressionniste flamboyante enfin exposée dans une grand rétrospective à Paris
Emmanuelle Lequeux
Beaux-Arts, 4 avril 2025, p. 70-76 (Abonné.e.s)
Gabriele Münter, la pintora eléctrica que pasó del olvido absoluto a coronar el Olimpo del arte
La Vanguardia, 2 décembre 2024
La audacia depurada de Gabriele Münter
Masdearte.com, 16 novembre 2024
Gabriele Münter en el Thyssen: primera retrospectiva en España
Marta Sánchez
Alejandra de Argos, 12 Noviembre 2024
La experimentación constante de Gabriele Münter en el Thyssen
Julián Hernandez
ars magazine, 12 novembre 2024
Gabriele Münter
Marta Ruiz del Árbol ; Isabelle Jansen
Fundación Colección-Thyssen Bornemisza, 1ère ed. octobre 2024, 268 p.
Vidéo. “Kandinsky, Münter y el color” por Marta Ruiz del Árbol
Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Youtube, 1er mars 2021, 1 08’44
Vidéo. Gabriele Münter – Pionnière de l’art moderne
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Arte, 2021, 53′
Vidéo. Kandinsky : voir la musique, réinventer la peinture
Pierre-Henri Gibert
Arte, 2024, 59′
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